Esquisses, vol. 29, no 4, hiver 2018-2019

Réseau scolaireOutiller une génération

Illustration : Camille Pomerlo

L’école représente une porte d’entrée pour de nombreux domaines. Mais qu’en est-il de l’architecture ? 

Josianne Massé

«On ne parle jamais trop d’architecture », lance d’emblée l’architecte Antonin Labossière, de la firme Rayside Labossière, quand on évoque la possible intégration de cette matière au sein du programme scolaire québécois. « L’architecture devrait être enseignée dès les plus jeunes années et tout au long du parcours scolaire. »

Il compare avec passion l’architecture aux autres formes d’art, comme le théâtre. « Quand tu assistes à des spectacles lorsque tu es enfant, tu n’es pas intimidé, plus tard, d’aller voir une pièce de théâtre. Tu comprends le message qu’on a voulu passer, tu peux savoir si les comédiens ont bien joué, s’il s’agit d’une œuvre intime ou dramatique, etc. C’est la même chose pour l’architecture. Ça vient avec un vocabulaire et ça permet de connecter ses émotions par rapport à l’espace. »

Il ajoute que l’architecture devrait être vue autrement que par le biais de l’orientation et du choix de carrière. « On ne veut pas que tous les jeunes deviennent architectes, on veut qu’ils soient sensibilisés à leur environnement », précise-t-il.

Conscient qu’il n’existe actuellement aucun outil pour soutenir les enseignants dans une telle démarche, il est persuadé qu’une réflexion doit être entamée dès maintenant sur le sujet. Et d’ici à ce qu’un changement survienne, les enseignants pourraient aborder l’architecture en faisant participer les élèves au réaménagement de la salle de classe en début ou en cours d’année, en parlant notamment de l’emplacement des fenêtres ou du mobilier ainsi que des effets de ces décisions sur leur vécu à l’école.

L’enseignant comme catalyseur

« L’architecture n’est pas une matière prévue au Régime pédagogique de l’éducation préscolaire, de l’enseignement primaire et de l’enseignement secondaire, ni au Programme de formation de l’école québécoise », explique par courriel Bryan St-Louis, responsable des relations de presse au ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur. « Toutefois, les programmes d’études en science et technologie ainsi qu’en arts plastiques peuvent fournir des occasions d’aborder des éléments d’architecture en classe. Rappelons qu’il appartient au personnel enseignant de déterminer les modalités d’intervention pédagogique pour l’atteinte des objectifs des programmes d’études », ajoute-t-il. 

La mission de l’école est d’instruire, de socialiser et de qualifier les jeunes grâce à un programme de formation basé essentiellement sur le développement de compétences chez l’élève, tout en prenant en compte la dimension culturelle, d’après le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur.

Selon Nathalie Couzon, conseillère en transfert de connaissances et innovation au Centre de transfert pour la réussite éducative du Québec (CTREQ) et responsable du Réseau d’information pour la réussite éducative (RIRE), c’est par cette dimension culturelle que l’architecture pourrait s’insérer dans le programme scolaire, particulièrement à l’enseignement secondaire. 

« Comme l’architecture est un médium qui permet d’exprimer sa vision du monde, à mon avis ce serait une opportunité de créativité pour les élèves de pouvoir s’exprimer dans un autre langage que celui des mots, de la peinture ou de la danse. »

Saupoudrer des notions d’architecture dans plusieurs cours permettrait par ailleurs d’y rattacher des apprentissages dans des matières comme les mathématiques, les arts, l’histoire et l’univers social. 

Mais la grille-horaire des élèves est déjà bien remplie, et les matières ne manquent pas. Sans compter que tout changement suppose une adaptation. Pensons notamment au retour des cours d’éducation à la sexualité, qui, malgré toute la bonne volonté du milieu scolaire et les discussions publiques des dernières années, représente aujourd’hui un véritable défi. 

Lutte au décrochage

Organisme présent dans 250 écoles de 34 commissions scolaires, Fusion Jeunesse implante des « projets d’apprentissage expérientiel innovants » pour contribuer à la persévérance scolaire des jeunes tout en créant des liens avec la communauté. De nouveaux diplômés du cégep ou de l’université coordonnent des programmes offerts à des jeunes considérés comme étant susceptibles de décrocher. Ces derniers sont ainsi exposés à des projets pratiques en arts, en science et génie, en design ou en leadership et entrepreneuriat.

L’un de ces programmes est le design environnemental. Les jeunes déterminent les enjeux urbanistiques de leur environnement après avoir réalisé une cartographie de leur quartier. Ils cherchent ensuite des solutions lors de consultations publiques pour les présenter aux élus. 

Ces projets diminuent le taux d’absentéisme de 40 % en moyenne, d’après Lyndsay Daudier, directrice générale de Fusion Jeunesse. Ils permettent également d’améliorer les compétences de communication, de collaboration et d’estime de soi des jeunes en plus d’augmenter les résultats scolaires et de raccrocher les jeunes à l’école. L’architecture pourrait-elle s’inscrire dans pareil contexte et devenir un programme de Fusion Jeunesse ? Tout à fait, assure Lyndsay Daudier. « Mais il faudrait penser à une façon d’intégrer un projet tangible à la fin. »

La dirigeante insiste sur l’importance de réfléchir ensemble, en tant que société, à notre façon de voir non seulement les espaces qu’on habite, mais aussi ceux qu’on partage, tout en intégrant les jeunes à cette discussion. 

Force est de constater que des interventions locales sont possibles afin d’inclure l’architecture dans le parcours scolaire. Mais est-ce suffisant pour influencer les prochaines générations ? En attendant qu’une politique québécoise de l’architecture en bonne et due forme s’attelle à la tâche, sensibiliser les jeunes à l’architecture reviendra aux enseignants, qui doivent composer avec un programme de plus en plus rempli. 

Des camps et des ateliers pour les jeunes

Photo : NeONBRAND / Unsplash

Pour ceux qui souhaitent initier leurs enfants à l’architecture sans attendre les changements au programme scolaire, il existe des camps et des ateliers qui présentent des occasions d’apprentissage intéressantes. 

• Le Centre Canadien d’Architecture (voir section Jeune public) offre des programmes en fonction de différents groupes d’âge scolaire. « L’ABC de l’architecture » s’adresse aux enfants du premier cycle du primaire, alors qu’« Habiter autrement » vise les jeunes des deuxième et troisième cycles du primaire. Des activités adaptées aux adolescents s’ajouteront dès le début de l’année 2019. 

• À Polytechnique Montréal, le camp de jour Folie Technique organise des séjours sur le thème de l’architecture et du génie civil pour les 7 à 17 ans.

• L’UQAM propose le camp de jour Mathémartistes pour les 11 à 13 ans en abordant les mathématiques par le design, l’architecture, la peinture abstraite, la céramique, le dessin et les tours de cartes. 

• Le camp de jour Urbanistes en herbe du Musée McCord, en collaboration avec Héritage Montréal, invite les enfants de 5 à 10 ans à s’approprier des notions d’architecture et d’urbanisme. 

• Le camp de jour du Musée d’art contemporain de Montréal, pour les jeunes de 6 à 12 ans, aborde aussi des notions d’architecture. 

• Le Réseau Technoscience, instigateur des programmes Expo-sciences et du Club des Débrouillards, propose l’activité « Tour de sucre » qui traite d’architecture lors d’animations à l’école, en camp de jour ou lors d’évènements.