Esquisses, vol. 30, no 4, hiver 2019-2020

Défi 2030

Colloque : Pleins feux sur les matériaux durables

Les intervenants du colloque Matériaux durables
du 8 octobre 2019, organisé par le CBDCa-Québec.
Photo : CBDCa-Québec

C’est sur le thème de l’intelligence des matériaux qu’avait lieu, le 8 octobre 2019, à Montréal, un colloque sur les matériaux durables organisé par la section québécoise du Conseil du bâtiment durable du Canada. Ses intervenants ont mis l’accent sur la transparence et la concertation requises pour réduire l’empreinte écologique liée aux matériaux. Voici ce qu’Esquisses en a retenu.

Par Anne-Hélène Dupont

Guillaume Martel, architecte chez Provencher_Roy, a présenté les dernières mises à jour des principales certifications qui tiennent compte de l’empreinte écologique des matériaux (LEED 4.1, WELL, Envision et Bâtiment à carbone zéro). Il voit dans ces changements une volonté de diversifier les moyens d’obtenir de telles certifications et d’inciter un plus grand nombre d’intervenants du secteur de la construction à les rechercher. Par exemple, LEED 4.1 offre désormais une voie supplémentaire passant par la réduction d’au moins 20 % des émissions de gaz à effet de serre, et le volet de divulgation et d’optimisation des produits employés dans la construction abaisse ses exigences pour certains types de bâtiments qui se qualifient plus difficilement , tels les entrepôts.

Matériaux et qualité de l’air

Matthieu Kieken, coordonnateur en développement durable chez Provencher_Roy, a rappelé que les matériaux jouent un rôle non négligeable dans la qualité de l’air à l’intérieur d’un bâtiment. D’où l’intérêt d’opter pour des matériaux à faibles émissions de composés organiques volatils (comme ceux qui sont certifiés FloorScore) et de consulter les bases de données sur les produits comme Declare.

Le spécialiste en développement durable a aussi incité les concepteurs à  établir un suivi de la qualité de l’air tout au long de la construction afin de protéger non seulement les ouvriers, les autres locataires du bâtiment et les voisins durant le chantier, mais aussi les futurs employés une fois les travaux achevés. Il a égale­ment recommandé de vérifier que les matériaux utilisés sur le chantier sont bel et bien ceux qui figurent dans les devis.

D’ailleurs, lors du panel L’intégration des matériaux dans un projet LEED, Maxime Brosseau, architecte associé chez Zaraté + Lavigne Architectes, s’est dit d’avis que les firmes d’architecture devraient elles-mêmes bannir les matériaux les plus nocifs de leurs projets.

L’impact de la structure

Mathieu Côté, ingénieur en structures chez ELEMA experts-conseils, a pour sa part mis l’accent sur le rôle de la structure dans l’empreinte écologique des bâtiments. Puisque la structure représente le quart de l’énergie intrinsèque d’un bâtiment, mais qu’elle correspond à seulement 10 % de ses coûts de construction et d’exploitation1, « c’est en intervenant sur la structure qu’on peut obtenir le plus grand impact au plus faible coût », a-t-il souligné. Il a fait valoir l’intérêt de la conception paramétrique, qui permet d’optimiser la conception de la structure pour en réduire le carbone intrinsèque. L’ingénieur a aussi conseillé le recours à la banque de données deQo (pour database of embodied quantity outputs) afin de mieux comprendre la performance des bâtiments en matière de carbone intrinsèque.

Déconstruction et réemploi

Le panel sur l’écogestion des chantiers de construction a été l’occasion de proposer des pistes pour favoriser le réemploi des matériaux. « Déconstruire, ce n’est pas plus compliqué que démolir; c’est même plus facile », a fait valoir Sonia Giampetrone, gestionnaire en immobilier à la Ville de Montréal. Mais encore faut-il avoir des débouchés pour les matériaux de démolition. « Avoir des marchés, c’est la clé, a dit Gilles Bernardin, directeur général du 3R MCDQ. Il faut associer une valeur à un débris. » Il donne en exemple le gypse, qui gagne à être séparé des autres matériaux sur les chantiers de déconstruction. « Sinon, on le retrouve partout dans les débris, qui sont de moins bonne qualité parce qu’ils contiennent du gypse… Mais il y a des débouchés industriels pour ce gypse récupéré ! »

Bruno Demers, directeur général d’Architecture sans frontières Québec, a plaidé pour un véritable changement de paradigme. « Actuellement, on voit le bâtiment par rapport à une économie linéaire qui se termine par la mort du bâtiment, alors qu’il faudrait avoir une vision circulaire. Par exemple, le Bâtiment 7, à Montréal, a reçu des dons de matériaux provenant d’une grange patrimoniale, d’un couvent dont on a pu démanteler des composantes, d’un ancien cinéma, de surplus manufacturiers… Il faut être à l’écoute du gisement global pour identifier les occasions et les saisir », a souligné celui qui est également le fondateur de RénoCyclage.

En somme, pour Paul-Antoine Troxler, directeur, éducation et recherche, au CBDCa-Québec, « la focalisation sur les matériaux a permis de mettre en lumière les efforts qui ont été faits, et surtout ceux qui restent à faire, pour comprendre et intégrer l’intelligence et les principes du bâtiment durable dans toute la chaîne des acteurs de la construction et de la déconstruction ». Une chaîne dont les concepteurs, notamment les architectes, sont un maillon essentiel.

1. R. COLE et P. C. KERNAN., Life-Cycle Energy Use in Office Buildings. Building and Environment, 31 (4), p. 307-317.