Esquisses, vol. 27, no 3, automne 2016

Concours d'architectureDes cadres raffinés

Théâtre Gilles-Vigneault, Saint-Jérôme, Atelier TAG et Jodoin Lamarre Pratte architectes, en consortium. Illustration : Doug & Wolf

Après une année 2015 décevante, 2016 s’annonce comme celle de la relance pour les concours d’architecture. Des projets débloquent et les ministères concernés ont peaufiné leur encadrement.

Hélène Lefranc* 

Depuis le début de l’année, deux concours d’architecture ont déjà été approuvés par l’OAQ, deux sont en cours d’approbation et au moins cinq autres sont attendus, notamment en raison du déblocage de plusieurs dossiers. Rappelons que six concours avaient été approuvés en 2014, mais seulement deux l’ont été en 2015.

Cette effervescence suit l’évolution du contexte règlementaire et politique relatif aux concours d’architecture au Québec. À l’heure actuelle, deux ministères sont concernés : le ministère de la Culture et des Communications (MCC) et celui des Affaires municipales et de l’Occupation du territoire (MAMOT).

Le MCC en mode collaboratif

Au MCC, la révision de l’encadrement répond à plusieurs objectifs : permettre aux différents acteurs de mieux comprendre le fonctionnement des concours; uniformiser les façons de faire tout en offrant suffisamment de souplesse; réaliser une refonte en collaboration avec l’OAQ et le MAMOT. Le 1er avril 2016, deux documents – un règlement type et un cadre administratif – sont donc entrés en vigueur. Ils s’adressent aux promoteurs et aux conseillers professionnels (les architectes employés par le promoteur pour organiser le concours). Rappelons que ce ministère exige un concours pour tous les projets de construction qu’il subventionne et dont le budget dépasse 5 M$. 

Les nouvelles prescriptions du MCC sont le fruit d’une réflexion et d’un dialogue avec le comité des concours de l’Ordre des architectes. Ce dernier estime avoir obtenu plusieurs gains. Par exemple, les critères de sélection des finalistes ont été réduits, le nombre minimal de finalistes a été fixé à quatre et les rôles du conseiller professionnel et du jury ont été revus – désormais, ce dernier devra entre autres émettre un jugement global plutôt que de s’en remettre à la seule pondération de critères.

De plus, le comité technique ne pourra plus exclure automatiquement une proposition dépassant le budget sans que le jury ait l’occasion d’en prendre connaissance ou que le finaliste puisse réagir. Enfin, la lourdeur administrative du processus a été réduite. L’agrandissement de la bibliothèque Gabrielle-Roy à Québec sera le premier concours organisé selon ces nouveaux paramètres.
 

Le MAMOT en mode déblocage

Agrandissement du Cégep du Vieux-Montréal et de la Maison Théâtre, Montréal, Dan Hanganu architectes. Illustration : Dan Hanganu architectes

Pour les bâtiments autres que culturels ou qui sont financés par le MAMOT, la Loi sur les cités et villes oblige les municipalités qui veulent choisir leurs concepteurs par concours plutôt que par appel d’offres à demander une dérogation au ministre. Lorsque Pierre Moreau occupait cette fonction, il estimait préférable d’améliorer les lois plutôt que de recourir à ce type de procédure: en conséquence, aucune dérogation n’a été accordée. Depuis que Martin Coiteux l’a remplacé, on a débloqué certains dossiers, entre autres celui de la bibliothèque de Villeray à Montréal. Le projet du Pôle du savoir, de l’histoire et de la culture de Chambly a aussi repris son cours, et plusieurs autres concours sont en préparation.

La Ville de Montréal, très dynamique en matière de concours depuis la création de son Bureau du design en 2006 (voir «La métropole affranchie»), a été confrontée à ce refus de dérogation alors que le projet de la bibliothèque de Villeray était avancé. Le désaccord portait en particulier sur le règlement. Pour dénouer l’impasse, elle a souhaité s’entendre en amont avec le ministère sur un document-cadre. Les deux partenaires ont donc collaboré à la rédaction d’un Règlement type pour un concours d’architecture, pluridisciplinaire ou de design. Bien qu’il l’ait élaboré avec la Ville de Montréal, le MAMOT s’attend à ce que ce document serve à d’autres municipalités qui souhaitent demander des dérogations. La métropole a obtenu trois dérogations à la suite de cette démarche: pour la bibliothèque de Villeray, en architecture, pour la place publique Champ-de-Mars, en architecture du paysage, et pour Vivre le chantier Sainte-Cath, en design.

Le Bureau du design de la Ville de Montréal a sollicité l’avis du comité des concours de l’OAQ concernant une version préliminaire de ce règlement type. Les commentaires émis par l’Ordre avaient notamment pour but d’éviter des contradictions avec ses propres règles d’approbation. À ce jour, on ne sait pas s’ils seront pris en compte. Certains points d’achoppement demeurent, telle la possibilité d’élimination d’une proposition qui ne respecte pas le budget, enjeu qui a par ailleurs été résolu avec le MCC.


Le comité veut de la diversité

Bibliothèque de Drummondville, Chevalier Morales Architectes. Modélisation : Chevalier Morales Architectes

Même s’il a eu l’occasion d’exprimer ses positions aux différentes instances, le comité des concours de l’OAQ trouve regrettable que les deux démarches se soient déroulées en parallèle. « On a d’un côté le MCC qui a contacté le comité des concours, et de l’autre le MAMOT qui fait un travail similaire avec le Bureau du design de la Ville de Montréal, relève Frédéric Dubé, président du comité. On aurait souhaité que tout le monde travaille davantage ensemble. » ‘

Frédéric Dubé déplore surtout la rigidité des règlements types, impossibles à adapter à plusieurs formules de concours, alors que, justement, l’objectif est de choisir la meilleure formule en fonction des caractéristiques du projet. « Par exemple, on ne voit plus de concours anonymes à la première étape. [NDLR Le dernier a été celui du Stade de soccer de Montréal, en 2011]. Comme le principal instigateur de concours – le MCC – demande systématiquement des concours avec dossier de qualification, ça a un impact sur tous les organisateurs de concours, même lorsque le MCC n’est pas impliqué. » La refonte n’a pas permis de modifier cet aspect, malgré les commentaires du comité.

Ce manque de souplesse est lié à la volonté des autorités de circonscrire le risque à tout prix. Pour le comité, ces dernières devraient surtout veiller à ne pas nuire à l’objectif principal d’un concours : faire émerger un concept innovant qui représente la meilleure solution possible pour la communauté. Après tout, c’est le résultat qui compte !

 

*En tant qu’agente de recherche et de liaison au sein de l’OAQ, Hélène Lefranc suit le comité des concours, constitué d’architectes bénévoles.

À noter: le MAMOT n’a pas répondu à nos questions.


 

 

La métropole affranchie

Biodôme de Montréal renouvelé, KANVA (concepteur et architecte en chef) et NEUF architect(e)s (architecte collaborateur). Illustration : KANVA

Le projet de loi à venir sur le statut de la métropole pourrait bien affranchir Montréal de la nécessité de demander au MAMOT l’autorisation d’organiser des concours. Plutôt que de recourir à des dérogations à la pièce, la Ville aurait le pouvoir de décider du mode d’octroi de ses contrats aux architectes : concours ou appel d’offres.

Montréal demeure engagé envers les concours, indique Caroline Dubuc du Bureau du design : « Ils ouvrent la commande publique à un grand nombre de firmes et à la relève, ils font travailler plus de monde, ils donnent une visibilité aux projets publics et ils augmentent la qualité de la production. »

Célébrant ses 10 ans en tant que Ville UNESCO de design, la métropole a mené durant cette période 12 concours en architecture ainsi que plusieurs pour d’autres types de mandat (concours d’idées, par exemple), pour un total de 49. Sept firmes d’architectes qui n’avaient jamais pu obtenir une commande de la Ville ont ainsi reçu leur premier mandat. Une série de fiches résumant chaque projet est publiée sur le site designmontreal.com. Cet exercice permet notamment de connaître le poids des frais de concours et des honoraires dans le budget total du projet.

Les concours d'architecture au Québec, 2009-2015

22 concours tenus

104 firmes québécoises finalistes (seules ou en consortium)

64 % des finalistes sont des consortiums

Les 19 concours en 2 étapes avec dossier de qualification en première étape ont attiré en moyenne 17,7 participants.

Les 3 concours ouverts (en 1 étape anonyme, ou en 2 étapes avec une première étape anonyme) ont attiré en moyenne 43 participants. Les lauréats de ces 3 concours n’ont jamais réussi à se qualifier pour un concours traditionnel en 2 étapes.

Source : comité des concours de l’OAQ

 

 

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