Esquisses, vol. 27, no 3, automne 2016

ÉditorialInvestir dans les actifs

 

Nathalie Dion, présidente, Ordre des architectes du Québec 

La nécessité de lutter contre la sédentarité et l’obésité fait l’objet d’un consensus, et il est démontré que le cadre bâti est un facteur déterminant. Les municipalités devraient, au minimum, respecter deux principes de base pour favoriser l’activité physique chez les citoyens. Le premier : situer les services publics et les équipements collectifs à même les centres urbains ou au cœur des quartiers afin de faciliter le transport actif. C’est le sens de la dernière prise de position de l’alliance Ariane, à laquelle participe l’Ordre des architectes. En particulier, bâtir des écoles à distance de marche des habitations devrait être la préoccupation majeure quand on crée de nouveaux quartiers ou qu’on tente de densifier ceux qui existent. Le second principe : bannir les rues sans trottoir, qui n’ont plus leur place – d’ailleurs, l’ont-elles déjà eue ?

De nombreuses municipalités souhaitent aller plus loin. Les bonnes pratiques et les exemples d’aménagement sont variés : ruelles vertes, pistes cyclables, parcours piétonniers, parcs avec des jeux pour les enfants et des équipements pour les sportifs, accès aux berges aménagées, places publiques conviviales, etc. Les solutions et les sources d’inspiration ne manquent pas, quelle que soit la taille de la ville, du quartier ou de l’aménagement à réaliser.

En ce qui a trait aux aménagements extérieurs, on sent au Québec une prise de conscience, comme en témoigne la promotion du transport actif. Tout n’est pas parfait, mais la progression est réelle depuis quelques années. Par contre, les exemples de bâtiments conçus pour favoriser l’activité physique à l’intérieur sont encore peu nombreux. C’est ici que l’architecte entre en scène et qu’il peut, comme dans d’autres domaines, démontrer la plus-value qu’apporte la profession. Convier le design actif dans les bâtiments, voilà une belle occasion de montrer aux clients la préoccupation de l’architecte pour le bien-être.

Les réalisations présentées dans le dossier de ce numéro – dont le Medibank Place à Melbourne – feront rêver ceux qui aspirent à exprimer leur créativité : une rampe pour vélos permettant d’accéder aux étages, ou de longs corridors où se déplacer en trottinette. Ces solutions révolutionnaires ne sont toutefois pas un passage obligé. Plus près de nous, la tour Deloitte à Montréal est également inspirante, et les idées qu’on y trouve sont plus facilement reproductibles.

Plus simple encore, concevoir des escaliers attrayants et les placer bien en vue est déjà un pas dans la bonne direction, c’est le cas de le dire. L’Ordre l’affirmait dès 2012 dans le mémoire intitulé Le goût de bouger: comment favoriser un mode de vie physiquement actif? Inciter à bouger peut et doit se faire naturellement. Pour un architecte, prendre conscience de cet enjeu permet souvent, sans faire de grands changements, d’accentuer des composantes qui seraient intégrées au projet de toute façon. Le budget n’est pas forcément bouleversé par l’installation d’une douche, de casiers ou d’un stationnement pour bicyclettes. C’est moins glamour qu’un mur d’escalade ou qu’une glissoire entre deux étages, mais c’est tout aussi utile.

Avec le recul, je constate que certaines interventions récentes se révèlent très pertinentes. À l’Université Concordia, on a créé des escaliers pour relier deux étages d’un même département; chez VIA Rail, on l’a fait pour joindre deux services. On évite ainsi aux employés d’avoir à emprunter l’ascenseur plus loin. Ces initiatives n’ont pas forcément été conçues dans une optique de design actif, mais elles y participent pourtant. En prendre conscience permet de disposer d’un argument de plus pour sensibiliser les clients et d’acquérir quelques réflexes pour de futurs projets ou pour nos propres bureaux.

N’oublions pas que la plupart des gestes pertinents en matière de design actif présentent des avantages connexes : développement durable et lutte aux changements climatiques, convivialité des espaces, réduction de coût, inclusion sociale, points pour une certification, etc. Il n’y a donc pas de quoi s’en priver.