Esquisses, vol. 27, no 3, automne 2016

MontréalEmboîter le pas

Installation Dance Floor au Musée des beaux-arts de Montréal, Jean Verville architecte
Photo : Maxime Brouillet

New York a fait la preuve de l’efficacité du design actif pour lutter contre l’obésité. Bien que timidement, Montréal commence à l’imiter.

Martine Roux

Au printemps 2014, le sommet Montréal physiquement active a marqué un tournant dans la jeune histoire du développement du design actif dans la métropole. Six mois plus tard, le plan d’action du même nom donnait naissance à la Politique du sport et de l’activité physique, visant entre autres à inciter 10 % de la population montréalaise à bouger davantage d’ici 2025. Quatre grands axes d’intervention étaient déployés pour y parvenir : aménagement de milieux de vie favorisant l’activité physique; transports actifs et plein air urbain; valorisation de la pratique sportive; promotion d’un mode de vie physiquement actif.

Montréal bouge sur le plan du design actif, estime Sylvain Lefebvre, professeur au Département de géographie de l’UQAM, qui constate un véritable « changement de paradigme » à cet égard, du moins dans l’espace public. Chercheur au Groupe de recherche sur les espaces festifs (GREF), il documente cette question depuis 2012 et a notamment participé à la création du sommet Montréal physiquement active.

« On ne parle pas de changements draconiens, mais il y a des objectifs, des efforts communs afin de favoriser un mode de vie physiquement actif. Ce n’était pas le cas avant 2014. Regardez toutes les stratégies d’apaisement de la circulation automobile dans divers arrondissements : on est vraiment dans le design actif et il y a d’innombrables initiatives en ce sens. »

Plus dehors que dedans

Le suivi d’initiatives qui font bouger, c’est ce qui remplit l’agenda de Vincianne Falkner, coordonnatrice de la Table Montréal physiquement active (un poste pour lequel elle est « prêtée » à la Ville par l’organisme Québec en Forme). Depuis deux ans, le plan d’action a engendré 18 projets, explique-t-elle. Parmi eux, le parcours des ruelles vertes et actives, lancé par le Regroupement des éco-quartiers, qui élabore cinq trajets de cinq kilomètres chacun dans quatre arrondissements différents. Ou encore, le développement de haltes-camping urbaines sur les berges, accessibles à vélo ou en kayak (ou en métro !), que la Ville souhaite concrétiser dès 2017.

« Les projets ne sont pas tous au même stade d’avancement mais les partenaires, dont la Direction de la santé publique, travaillent ensemble à les développer », assure-t-elle. Depuis 2014, Québec en forme y a investi 880 000 $.

Le grand absent de toute cette activité ? Le bâtiment. En comparaison, le document new-yorkais Active Design Guidelines, adopté en 2010, formule une série de recommandations destinées aux architectes afin qu’ils privilégient des aménagements intérieurs qui font bouger, comme des corridors baignés de lumière naturelle ou des escaliers attractifs (voir « Anatomie du mouvement »).

D’ailleurs, en 2013, au moment d’annoncer la création du Center for Active Design, le premier bureau du design actif des États-Unis, l’ex-maire de New York, Michael Bloomberg, s’était non seulement flanqué d’un architecte, mais aussi d’un médecin. Là-bas, comme dans d’autres villes nord-américaines, architecture et santé publique vont de pair, et cela se reflète dans la planification de l’environnement bâti.

Chez nous, ce lien est moins clair. Les directions régionales de santé publique relèvent de Québec. C’est l’une des raisons expliquant le relatif retard de la métropole (par rapport à New York) en matière de bâtiments actifs, soutient Jean-François Pinsonneault, chef d’équipe à la Division des sports et de l’activité physique à la Ville de Montréal.

« Depuis 2014, la Ville de Montréal travaille plus étroitement avec la Direction générale de la santé publique, qui lui fournit des données probantes permettant d’influencer la planification de l’environnement bâti. C’est tout un enjeu, mais des processus se mettent en place lentement en ce sens. »
 

En finir avec l’acupuncture

Urbanisme tactique, acupuncture urbaine : à l’ombre des bâtiments, la métropole grouille néanmoins de ces petites interventions ciblées – ruelles blanches, ruelles vertes ou rues piétonnes – qui font bouger les Montréalais et dynamisent les quartiers. Anne Juillet, chargée de projet et de développement au Centre d’écologie urbaine de Montréal, s’en réjouit, mais elle remarque que plusieurs sont temporaires ou réalisées avec les moyens du bord.

Comment faire pour que ces projets demeurent et évoluent ? La seconde mouture des Journées du design actif, en octobre prochain (voir encadré plus bas), permettra de réfléchir à cette question, dit-elle.

Montréal doit trouver une formule à son image, avance Sylvain Lefebvre. « L’idée, c’est d’avoir un cadre d’intervention plus systématique. » Faudrait-il un guide, ou même un Bureau du design actif ? Chose certaine, il faut, selon lui, éviter de mettre la charrue devant les bœufs et laisser à la culture organisationnelle de la Ville le temps de s’adapter.

Think small

En matière de design actif, mieux vaut commencer par des initiatives modestes : c’est en gros le message porté par David Burney, président du conseil d’administration du Center for Active Design lors de son passage à Montréal, à l’automne 2014. L’architecte, ou plutôt l’ex-architecte, qui a épaulé Michael Bloomberg, c’est lui.

« Il y aura toujours de la résistance, notamment de la part des commerçants, renchérit Sylvain Lefebvre. La stratégie de New York a été d’y aller progressivement, en piétonnisant des portions de rues dans les paramètres de ce qui était acceptable pour eux. Quand ils constataient que leur chiffre d’affaires ne baissait pas, au contraire, ils en redemandaient. L’administration les a eus à l’usure. » Et la ville s’en porte mieux.


 

 

Pour aller plus loin

Les deuxièmes Journées du design actif de Montréal se tiendront les 3 et 4 octobre 2016 dans le cadre de l’évènement Montréal métropole active et nourricière. Professionnels, acteurs du milieu communautaire et décideurs auront alors l’occasion de mettre en commun leurs connaissances dans ce domaine. L’évènement est organisé par Montréal physiquement active, Système alimentaire montréalais et Vivre en Ville, en collaboration avec plusieurs acteurs dont la Chaire en santé publique appliquée – Interventions urbaines et santé des populations.

• Lieu : Centre de recherche du Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CrCHUM), à Montréal

Renseignements et inscription