Esquisses, vol. 27, no 3, automne 2016

Salaberry-de-ValleyfieldDonner envie de bouger

Avenue du Centenaire, Salaberry-de-Valleyfield
Photo : Affleck de la Riva architectes

Lors de la revitalisation de son centre-ville, la municipalité de Salaberry-de-Valleyfield a fait le pari du design actif. Visite guidée.

Martine Roux 

Il y a cinq ans, le secteur de l’ancien canal de Beauharnois, à Salaberry-de-Valleyfield, n’avait rien pour inspirer une marche de santé. Un seul pont – voué principalement au trafic automobile – reliait ses berges dénudées. Côté sud, les voitures filaient à vive allure sur les quatre voies de la rue Victoria.

« C’était un tue-monde », résume Ian Blanchet, directeur du service de l’ingénierie, en parlant des intersections de cette artère commerciale, que traversent régulièrement les écoliers.

C’est à la suite d’une consultation citoyenne que l’administration de cette ancienne ville industrielle a entrepris un vaste chantier de revitalisation de son centre, en 2011. La firme d’architecture Affleck de la Riva et l’organisme Convercité, entre autres partenaires, ont été mandatés pour réorganiser la circulation automobile, favoriser les transports actifs et réhabiliter certains immeubles patrimoniaux.

Le résultat est éloquent. Un pont piétonnier classé bien patrimonial – construit en 1895 dans un autre secteur de la ville, d’où on l’avait retiré en 2006 – relie maintenant les deux rives du canal, non loin de celui où roulent les voitures. Le long des berges, on trouve un corridor de marche et une piste cyclable recouverts de deux matériaux distincts – pavé et poussière de roche – pour éviter les accidents. Une place publique, des arbres et autres végétaux, un nouvel éclairage et du mobilier urbain complètent l’ensemble. Quant à la rue Victoria, où la circulation automobile a été réduite de moitié, ses trottoirs ont été élargis, ses intersections sécurisées, et on y a ajouté une piste cyclable en site propre (séparée du reste de la circulation).

Cyclistes, piétons et joggeurs se sont approprié le secteur avant même que le projet ne soit terminé, raconte Ian Blanchet. « Les abords de l’ancien canal sont devenus très populaires. On veut maintenant relier la boucle cyclable avec d’autres quartiers. »

Miser sur le design actif dans une ville de 40 000 habitants « où l’argent est rare » était tout un pari, poursuit l’ingénieur. « Ça prenait beaucoup de courage et de volonté politique pour investir dans un tel projet. Les quelques millions de dollars qu’on y consacre, on ne les met pas ailleurs. Ça ne fait pas l’affaire de tout le monde. »

La transformation du centre-ville de Salaberry-de-Valleyfield lui a valu en 2015 un prix d’excellence du Réseau québécois des villes et villages en santé, qui a souligné « le formidable effort de concertation et la volonté de redonner la ville aux citoyens ». De quoi inspirer d’autres initiatives de la sorte !

Plan d'aménagement d'ensemble de Salaberry-de-Valleyfield, Affleck de la Riva architectes et Lafontaine Langford architectes. Illustration : Affleck de la Riva architectes