Esquisses, vol. 28, no 1, printemps 2017

Brèves

L'AIA, Trump et les architectes

California Science Center, Los Angeles, ZGF Architects
Photo: King of Hearts

Le 9 novembre dernier, quelques heures après l’élection de Donald Trump, le directeur général et premier vice-président de l’American Institute of Architects (AIA), Robert Ivy, a diffusé un communiqué de presse pour féliciter le nouveau président des États-Unis et saluer ses politiques en matière d’infrastructures. Il y affirmait, entre autres, que l’AIA et ses 89 000 membres s’engageaient à travailler de concert avec le président. Il était loin de se douter qu’il venait de provoquer une tempête.

Les architectes ont aussitôt protesté contre cette déclaration faite en leur nom. Les contestations, accompagnées du mot-clic #NotMyAIA, ont fusé dans les réseaux sociaux. Plusieurs architectes ont même annulé leur adhésion à l’organisation. D’importantes sections locales, notamment celles de New York et de Boston, ont publiquement désapprouvé les propos de la direction. Les excuses publiques de Robert Ivy n’ont pas su apaiser les tensions, au contraire.

Dans une lettre ouverte publiée après l’investiture du président, des firmes américaines d’architecture et d’architecture du paysage exhortent Trump à prendre des mesures concrètes contre le réchauffement climatique. Au moment d’aller sous presse, le nombre de bureaux signataires dépasse 700. De nombreux doyens d’écoles d’architecture se sont aussi manifestés, dont Amale Andraos, de l’Université Columbia. « Aujourd’hui plus que jamais, nous devons enseigner comment dessiner des ponts plutôt que des murs », déclare-t-elle dans un article du site Archnet. La voix des architectes s’est rarement fait entendre aussi fort.

Immeubles à bureaux - Briser l'emprise du verre

[Misfit]Fit, Toronto, Batay-Csorba Architects Photos: Batay-Csorba Architects

Et si le béton détrônait le verre dans l’architecture des immeubles de bureaux ? C’est exactement le parti qu’a pris, en 2016, la firme Batay-Csorba Architects dans un projet destiné à l’ancien quartier industriel Liberty Village, à Toronto. Le nouveau bâtiment de six étages baptisé [Misfit]Fit arbore une façade en panneaux de béton préfabriqués aux motifs étonnants, à des kilomètres des faces planes et régulières des immeubles de verre qu’on voit partout. Inspirés par les détails architecturaux des édifices en briques environnants, les architectes ont opté pour des panneaux aux formes incurvées, qu’ils ont volontairement désalignés afin de créer un tableau à la fois déstabilisant et harmonieux. Cette recherche d’équilibre a permis d’échapper à la lourdeur si souvent associée au béton. C’est gris et, pourtant, ça change de la grisaille !

Matériaux - Retour à la terre

Ksar d’Aït-Ben-Haddou, Maroc
Photo : Mikel Santamaria

Dans l’imaginaire collectif, la terre n’est pas associée à la noblesse. Pourtant, des architectes manifestent de l’intérêt envers cette matière longtemps délaissée. À Paris, le Pavillon de l’Arsenal a récemment tenu une exposition intitulée Terres de Paris : De la matière au matériau, qui présentait la terre crue comme une ressource aux possibilités infinies. Sachant que d’ici 2030 l’aménagement du réseau parisien de trains métropolitains forcera l’excavation de plus de 40 millions de tonnes de terre, il est effectivement judicieux d’y voir autre chose qu’un déchet.

Paul-Emmanuel Loiret, architecte et commissaire de l’exposition, est membre du laboratoire CRAterre, une référence mondiale dans le domaine de l’architecture en terre. Son collègue, le professeur Patrice Doat, a été lauréat du Global Award for Sustainable Architecture 2016. Le jury a été séduit par la maison circulaire en briques de terre construite par ses étudiants.

Si la terre crue attire de plus en plus l’attention, c’est que ses propriétés répondent aux préoccupations du 21e siècle. C’est une ressource locale, dont la transformation nécessite peu d’énergie. Les murs faits de terre crue régulent la chaleur et l’humidité du bâtiment en plus d’absorber le bruit – l’ambiance d’une maison de terre serait d’ailleurs particulièrement apaisante. De quoi séduire les propriétaires les plus exigeants ! Une résidence en terre de Paris, quoi de plus chic ?