Esquisses, vol. 28, no 1, printemps 2017

Pavillon d'accueil du parcours GouinLa vertu en cadeau

Suivant l’adhésion de l’OAQ au Défi 2030, Esquisses présente dans chaque numéro un projet qui fait écho aux objectifs de cette initiative internationale. Rappelons que le Défi 2030 vise à éliminer, d’ici à 2030, les émissions de gaz à effet de serre dans les nouvelles constructions et les rénovations de bâtiments.

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Pavillon d’accueil du parcours Gouin, Montréal, BBBL Architectes
Illustration: BBBL Architectes

Pour son 375e anniversaire, la Ville de Montréal s’offre un premier bâtiment à consommation énergétique nette zéro. En plus de servir de halte aux cyclistes et aux piétons, le nouveau pavillon a pour mission d’initier le grand public aux principes de la construction durable.

Catherine Bourbeillon

La Ville de Montréal nourrit de grandes ambitions pour le bâtiment qui servira de pavillon d’accueil du parcours Gouin, à Ahuntsic-Cartierville, à compter du 17 mai prochain. Elle vise pour celui-ci non seulement la certification LEED Or, mais aussi une consommation énergétique nette zéro.

Cela signifie davantage qu’une production énergétique équivalente à ce qui est consommé, explique l’ingénieur Alexandre Jean, chargé de la conception mécanique : « Le but, c’est d’être efficace au maximum afin de consommer et de produire le moins d’énergie possible. » Chacun des éléments du pavillon a donc fait l’objet d’une grande réflexion. Résultat : il consommera 63 % moins d’énergie par an qu’un bâtiment standard comparable.

Les contours du projet ont été tracés en 2012, alors que les résidents d’Ahuntsic-Cartierville ont été consultés à propos de l’aménagement des berges de la rivière des Prairies. Parmi les souhaits exprimés, l’accès aux rives et la valorisation du patrimoine naturel et culturel du secteur sont arrivés en tête de liste. ’aménagement d’un lieu de services quatre saisons accessible en transport en commun faisait également partie des priorités.

Le bâtiment est donc situé dans la section nord du parc Basile-Routhier, à proximité de la rivière des Prairies, du métro Henri-Bourassa, de l’avenue piétonne Park Stanley et d’une piste cyclable. Édifié sur 2 étages totalisant 475 m2, il compte deux salles communautaires, un bureau, des toilettes et une terrasse sur le toit. À terme, des organismes communautaires pourront y exploiter un café, organiser des événements ou encore gérer un service de location d’équipement sportif comme des vélos, par exemple.

Stratégies multiples

L’enveloppe est inspirée des principes de la norme Maison passive (Passivhaus) – isolant très épais, absence de ponts thermiques –, quoique ceux-ci aient été adaptés en fonction des particularités du lieu, explique Maryse Laberge, architecte associée chez BBBL, qui a piloté le projet. Alors que les enveloppes certifiées Maison passive sont souvent isolées avec de la cellulose, l’architecte a plutôt opté pour de la fibre de roche, moins vulnérable aux moisissures. Elle a aussi privilégié une structure en acier plutôt qu’en bois, pour sa plus grande résistance et son coût moindre. La qualité de vie des occupants a également suscité un compromis : « Pour profiter de la vue sur la rivière, on s’est permis quelques fenêtres à vitrage triple du côté nord. » L’enveloppe n’en est pas moins ultraperformante : les murs présentent un coefficient de résistance thermique effective de R35 et le toit, de R45, un rendement qui avoisine le seuil de R37,8 exigé par Maison passive. 

Grâce aux toilettes et aux robinets à très faible débit, environ 78 350 L d’eau seront économisés annuellement. Les systèmes d’éclairage et de ventilation seront activés par des détecteurs de mouvements. Des sondes mesurant la concentration de CO2 réduiront au minimum la quantité d’air frais nécessaire au confort des occupants. Les trois puits de géothermie et les thermopompes mèneront par ailleurs à un gain d’efficacité de 4:1. Autrement dit, quatre kilowatts de chauffage seront produits pour chaque kilowatt d’énergie électrique consommée.

Volet éducatif

La Ville souhaitait aussi que le pavillon serve de vitrine environnementale, mentionne Maryse Laberge. « Divers composants seront exposés afin que le grand public comprenne les particularités du lieu. » Le premier élément que les visiteurs remarqueront sera sans doute les 120 panneaux solaires photovoltaïques fixés sur une structure détachée du pavillon. Ils produiront 37 729 kWh par an, une quantité d’énergie supérieure à la consommation annuelle du bâtiment, qui est de 35 190 kWh. Leur rendement et la consommation énergétique des lieux seront communiqués en temps réel à l’aide d’un écran situé à l’intérieur du pavillon. 

Parmi les éléments de démonstration, on compte aussi une maquette des coupes transversales des murs et des échantillons de la toiture blanche et de la toiture végétative semi-extensive. À partir de la terrasse, on pourra apercevoir sur le toit une citerne, qui emmagasinera l’eau de pluie, ainsi qu’un collecteur solaire servant au chauffage de l’eau.

Souhaitons que ce legs du 375e anniversaire de Montréal fasse de nombreux petits d’ici le 400e.

Note : La Ville de Montréal n’a pas donné suite à notre demande d’entrevue.