Processus de conception intégréePrioriser le confort de l'occupant

L’efficacité énergétique préoccupe la majorité des concepteurs. La question du confort, par contre, est souvent mise de côté. Pour placer le bien-être de l’occupant au cœur du projet, le processus de conception intégrée est tout indiqué.

Andréane Girard, responsable, Communication et stratégies marketing au CFDD

La notion de confort est difficile à définir. Est-ce de ne pas avoir trop chaud ? De ne pas sentir de courant d’air ? « C’est beaucoup plus complexe que ça, avance François Cantin, chargé de projet chez Coarchitecture. Le confort comprend trois dimensions interreliées : physique, fonctionnelle et psychologique. Par exemple, un éclairage naturel bien contrôlé qui ne provoque pas de l’éblouissement rejoint la dimension physique du confort. Une fenêtre offrant une belle vue sur l’extérieur est plutôt liée à la dimension psychologique. »

Ironiquement, les enjeux rattachés au bien-être de l’usager créent parfois un inconfort chez certains professionnels. Selon Nicolas Lemire, ingénieur et président de Pageau Morel, le processus de conception intégrée (PCI) permet de les aborder avec plus de confiance : « Quand on cherche à établir la meilleure stratégie de confort possible, chaque professionnel détient une partie de la réponse, explique-t-il. Le client peut également apporter des éléments de réponse, à condition qu’on lui pose les bonnes questions. »

Les experts s’entendent pour dire que la conception intégrée permet d’explorer toutes les possibilités en équipe. « Contrairement au mode de conception traditionnel, où l’ingénieur arrive lorsque le projet est relativement avancé, le PCI nous permet de discuter ensemble en amont et de peser le pour et le contre de chaque option », compare François Cantin. L’ingénieur Nicolas Lemire partage cet avis : « Ce que j’adore de ce processus, c’est qu’il me permet de m’asseoir avec l’architecte et de comprendre le projet. » De cette manière, tous les acteurs concernés peuvent contribuer à l’évolution du projet.

Selon Martin Roy, ingénieur et président de Martin Roy et associés, l’architecte gagne à faire intervenir l’ingénieur le plus tôt possible dans l’étape de la conception : « L’ingénieur devrait être un allié important de l’architecte. Si on donne un défi à un ingénieur, il voudra assurément le relever. C’est dans sa nature de trouver des solutions. » Celui-ci peut aussi se révéler fort utile dans le cas où l’architecte doit convaincre un client du bien-fondé de ses choix. Par exemple, il peut faire des calculs et présenter des données objectives menant à une meilleure prise de décision.

Comme les préoccupations financières guident souvent les choix du client, il revient à l’équipe du projet de conscientiser celui-ci à la valeur du confort. « Les exigences d’un propriétaire se limitent parfois à un programme fonctionnel et technique de trois pages, parfois moins, soutient Martin Roy. La première tâche, en PCI, est de définir les exigences du client et d’y inclure les paramètres de confort, qui nous guideront ensuite durant le projet. » Par exemple, dans le cas d’un projet de nouveaux bureaux, un propriétaire occupant pourrait être sensible au fait qu’une conception axée sur le bien-être des employés améliore leur santé et leur productivité. Étant donné que les salaires et les avantages sociaux représentent environ 90 % des coûts d’exploitation d’une entreprise, le confort du personnel aura un impact financier majeur à long terme.

En travaillant de pair avec son client et les autres professionnels, l’architecte s’assurera non seulement du bien-être des occupants, mais il pourra aussi faire en sorte que l’argent disponible soit investi au bon endroit. « Par exemple, si on réussit à économiser 200 000 $ dans l’opération déblai-remblai, on peut ensuite investir cette somme en architecture pour augmenter le confort et la valeur du projet », conclut François Cantin. Ainsi entouré, l’architecte pourra s’inspirer de la vision de ses collègues et, ultimement, créer de meilleurs environnements.

Certification et confort
Studio Ubisoft Québec, Coarchitecture (projet entièrement conçu en PCI).
Photo : Jonathan Robert

La certification d’un bâtiment assure-t-elle le confort de l’occupant ? Pas nécessairement, selon nos trois experts. « Il y a plusieurs contradictions à même les certifications. Par exemple, le fait de désirer beaucoup de lumière naturelle va souvent de pair avec des aires ouvertes, ce qui peut nuire au confort acoustique, illustre François Cantin. C’est important de ne pas viser des critères simplement pour obtenir des points. Il faut intégrer le confort dans la vision du projet. » 

Certification et confort demeurent néanmoins conciliables, selon Martin Roy. « L’un n’empêche pas l’autre. La certification ne garantit pas le confort, mais sans certification, ce sera difficile de faire la démonstration du bien-être des futurs occupants. » Nicolas Lemire conclut : « Le succès du projet passe par une équipe de conception consciencieuse. »