Parler en publicTrouver sa voix

Le Chalet Blanche, Cap à l’Aigle, ACDF Architecture
Photo : Adrien Williams

Prendre la parole en public est un art qui s’apprend. Conseils de pros pour devenir un bon orateur.

Emilie Laperrière

Qu’il s’agisse de présenter un projet public aux citoyens, de décrire un projet écoresponsable lors d’un Mardi vert ou tout simplement de proposer des idées à un client, les architectes sont souvent invités à parler en public. Or, l’aisance n’est pas donnée à tous. Pour certains, s’exprimer devant un auditoire est même une source importante de stress. Les experts avec qui nous nous sommes entretenus sont pourtant formels : il existe des solutions pour bien s’en tirer. En voici quelques-unes.

La clé : se préparer

Maxime-Alexis Frappier, architecte associé d’ACDF Architecture, croit que la préparation est primordiale. « Un projet architectural clair et intéressant comporte trois idées principales au maximum et une série de composantes secondaires. Je découpe donc mon texte en trois grandes étapes pour que les personnes qui écoutent puissent facilement faire des liens entre elles. »

Cet habitué des conférences estime qu’il faut prévoir une mise en contexte pour faire comprendre les enjeux avec lesquels les architectes doivent composer. « Notre rôle est d’enseigner, estime-t-il. Il faut expliquer en termes simples la démarche, le processus de création, les contraintes et pas seulement le résultat. » N’empêche, l’introduction doit être courte et efficace, puis on saute dans le vif du sujet. À la fin, il est bon de répéter les idées essentielles.

Déterminer le titre de sa présentation, qui doit résumer le tout en une seule phrase, peut aider ceux qui peinent à cerner leur message, selon Louise-Véronique Sicotte, coach et formatrice à la Formation continue de l’UQAM.

Adapter son propos

Des confrères aux citoyens, en passant par les gouvernements, les architectes sont appelés à parler devant des auditoires bien différents, souligne Gavin Affleck, de l’agence Affleck de la Riva architectes.

Pour rester en contact avec son public, ce conférencier aguerri demande habituellement aux gens s’ils préfèrent une présentation classique ou une discussion ouverte. Peu importe la forme, il parsème son allocution d’exemples concrets, fait des blagues et raconte des histoires. Une bonne façon de vulgariser ses propos et de retenir l’attention.

Renée Hudon, formatrice et directrice de Renée Hudon Parole Publique, suggère de son côté de tester son texte sur des gens de son entourage qui ne connaissent pas du tout le sujet. « Mon mari est toponymiste, donne-t-elle en exemple. Parfois, il me fait relire ses allocutions, et je ne comprends rien ! Il faut vérifier si notre discours est compréhensible et éviter le jargon professionnel. »

Convaincre

Comme le rappelle Renée Hudon, il faut à la fois persuader et convaincre son public. « Pour vendre son projet, il faut convaincre avec des faits, des chiffres et autres éléments vérifiables. Mais pour persuader, il faut recourir à l’émotion. » En politique, certains l’ont d’ailleurs bien compris. Un exemple ? Pour convaincre un ami d’essayer un restaurant, on mentionnera les bonnes critiques et les étoiles. Pour le persuader, on ajoutera qu’on se sent accueilli comme à la maison.

Susciter l’intérêt est relativement facile, selon elle. On s’informe à l’avance des préoccupations du groupe pour personnaliser sa présentation et montrer aux gens qu’on les comprend.

Voix et langage corporel

Le secret d’une conférence mémorable ne tient pas qu’au texte. La voix et le langage corporel comptent tout autant.

La posture doit être soignée, la voix, forte (surtout s’il n’y a pas de micro), et le débit doit être facile à suivre. « Si on parle trop vite, l’auditoire va rester accroché à des mots et se perdre en chemin », souligne Renée Hudon. Un bon truc pour ralentir : boire de l’eau entre certains passages.

De son propre aveu, le passionné Maxime-Alexis Frappier parle avec enthousiasme. Parfois trop. « Comme en musique classique, c’est une question de rythme. Quand le ton est toujours stable, ça devient monotone. Une bonne présentation comporte des crescendo, des passages plus lents… Ça ressemble à une pièce musicale en quatre mouvements. »

Le contact visuel est aussi essentiel. Pour l’établir, on peut chercher les gens dans la salle qui acquiescent à nos propos. Selon nos experts, utiliser ses mains et bouger rend la présentation plus vivante, alors que sourire crée une connivence avec l’assistance. Autre détail : il ne faut surtout pas tourner le dos à l’auditoire.

Res-pi-rer

Ça paraît évident, mais lorsque le trac s’empare de nous, on oublie parfois… de respirer ! « La respiration qui bloque, ça crée des trous de mémoire. On a souvent peur des silences dans une présentation, mais les pauses sont importantes. Elles permettent aux gens d’absorber les propos entendus et d’y réagir, et à l’orateur, de se calmer », relève Louise-Véronique Sicotte. L’experte conseille d’indiquer les pauses dans le texte du discours.

Le fameux PowerPoint

La présentation d’un projet architectural ne serait pas complète sans support visuel.
« Lorsqu’on présente un projet public devant les citoyens, les images améliorent le contact, croit Gavin Affleck. Les dessins d’architecture – plans, coupes, élévations – sont en fait assez abstraits. Ils ont la même relation à l’architecture qu’une partition à la musique. Ce n’est pas tout le monde qui peut les déchiffrer. Quand il s’agit d’un public néophyte, nous ajoutons donc plus d’images de synthèse et de perspectives d’ambiance, et nous mettons moins l’accent sur les plans. »

Dans tous les cas, mieux vaut éviter d’inclure dans ses diapos des textes trop longs qu’on aura ensuite tendance à lire. Noter des mots-clés est nettement préférable.

Maxime-Alexis Frappier ajoute que les architectes devraient profiter des outils technologiques qu’ils ont désormais à leur disposition. « On peut montrer les étapes en vidéo, les croquis ou les animations 3D. »

Attention au par cœur

Louise-Véronique Sicotte n’y va pas de main morte lorsqu’on aborde la question du par cœur. « C’est un danger, dit-elle. Si on a un trou de mémoire, on se crée une anxiété. » Pour éviter de mémoriser le texte, certains n’inscrivent que leurs idées. Ce qui ne signifie pas qu’on ne doit pas se pratiquer. La répétition est, au contraire, un gage d’assurance. Les intervenants consultés ont tous insisté sur ce point.

Maxime-Alexis Frappier, pour sa part, n’écrit pas toutes ses présentations (il en fait quand même trois par semaine !), mais il se pratique néanmoins une quinzaine de fois au bureau pour chacune, en particulier pour ses conférences en anglais, dans lesquelles « son cerveau va plus vite que ses mots ».

S’informer

À Vancouver, la présentation d’un projet architectural se fait debout autour de la maquette. Une réalité que Maxime-Alexis Frappier a apprise à la dure ! Depuis, il prend soin de s’informer du déroulement de la conférence. Il conseille également d’arriver à l’avance pour se familiariser avec la salle et, si possible, d’apporter son propre équipement. Une salle trop éclairée ou un projecteur mal calibré plomberont le discours. Sans compter que ces détails risquent de distraire.

« C’est comme si demain je préparais un souper de sept services, mais sans avoir de beaux couverts ou de belle vaisselle et avec des verres dépareillés, illustre-t-il. Ça commence mal ! Pour moi, négliger le contrôle de la salle est une grosse erreur. »

Tous ces conseils ne vous donneront peut-être pas l’aisance de Steve Jobs, l’inspiration d’Elon Musk ou la fougue de Bjarke Ingels. Mais presque.


 

 

Les erreurs à éviter

• Lire son texte

• Garder les yeux rivés sur  le PowerPoint ou sur les images projetées

• Ne pas prendre de pauses

• Essayer de tout expliquer

• Abuser des chiffres

• Dépasser le temps alloué

• Utiliser des expressions et des termes de jargon

• Entrecouper son discours de « heu » et autres tics de langage