Esquisses, vol. 27, no 4, hiver 2016-2017

Projet OsoraLa voie passive

Suivant l’adhésion de l’OAQ au Défi 2030, Esquisses présente dans chaque numéro un projet qui fait écho aux objectifs de cette initiative internationale. Rappelons que le Défi 2030 vise à éliminer, d’ici à 2030, les émissions de gaz à effet de serre dans les nouvelles constructions et les rénovations de bâtiments.

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Le projet Osora, sur le Plateau Mont-Royal, convoite la certification Passive House pour 2017. Visite du propriétaire.

Catherine Bourbeillon

En 2012, l’entrepreneur Philippe St-Jean cherche une maison où habiter. Au même moment, son frère et sa sœur songent également à déménager. Alors qu’il suit une formation pour devenir concepteur Passive House, le déclic se produit. Son premier projet certifié sera un immeuble multilogement sur le Plateau Mont-Royal, à Montréal, où ils pourront tous vivre.

Philippe St-Jean voit grand : s’il vise d’abord la certification Passive House, il aimerait aussi que le bâtiment soit certifié LEED et Living Building Challenge. Tout un défi pour un projet au cœur de la ville. « J’avais besoin d’un bâtiment dont le côté arrière faisait face au sud, avec des voisins assez loin et bas pour ne pas bloquer le soleil hivernal, précise-t-il. J’avais surtout besoin de quelque chose de tellement pourri qu’on allait pouvoir le démolir et recommencer à neuf. » Il trouve finalement la perle rare sur l’avenue Henri-Julien : un immeuble de trois logements en piètre état, construit en 1885. 

Des obstacles

Pour réaliser le projet, Philippe St-Jean fait appel à Francis Berthiaume, un architecte accrédité LEED qui partage sa vision. À l’été 2015, alors que la conception va bon train, le permis de démolition leur est refusé par l’arrondissement, qui tient à la conservation du bâtiment existant. Les deux concepteurs doivent donc mettre une croix sur plusieurs éléments des plans initiaux, comme l’ajout de deux étages (et les revenus potentiels qu’ils représentaient) ainsi que la toiture à végétation intensive. Autre difficulté : Living Building Challenge exige une totale autonomie en eau et en énergie, ce qui n’est pas compatible avec la réglementation en place.

« Il a fallu concentrer nos efforts sur la certification Passive House et laisser tomber la poursuite des deux autres certifications, mais on en a conservé tous les éléments qu’on pouvait intégrer », résume Philippe St-Jean. D’entrée de jeu, les caractéristiques du site respectent les nouveaux critères de LEED v4 : densité environnante, accès facile aux transports en commun, proximité des pistes cyclables, tout y est. Ces conditions favorisent aussi l’adoption d’un mode de vie sans voiture, l’un des impératifs de Living Building Challenge.

Côté efficacité énergétique, le bâtiment de 260 m2 mise sur une enveloppe à double ossature ultraperformante afin de réduire les ponts thermiques au maximum. « L’enveloppe est tellement bien isolée que les variations de température extérieures, même extrêmes, n’auront pratiquement pas d’impact sur la température intérieure. C’est vraiment comme un écosystème à part », indique Philippe St-Jean. Lors du dernier test d’infiltrométrie, le taux d’étanchéité à l’air de l’enveloppe était de 0,4 changements d’air à l’heure (CAH), un rendement qui dépasse la cible de 0,6 CAH exigée par Passive House.

À l’intérieur des murs remplis de cellulose, un contreplaqué agit comme frein-vapeur et un vide mécanique permet de passer les fils et les tuyaux. Les seules perforations se trouvent aux entrées d’électricité et d’eau, de même qu’à la sortie d’égouts. Sur la façade sud, l’abondante fenestration à triple vitrage permet de gagner un maximum de chaleur et de lumière naturelle. 

Le fruit des efforts

Projet Osora, Montréal, Atelier Tautem
Photo : Nicholas Salter

Chacune des trois unités d’habitation comprend une sécheuse à condensation et une hotte de cuisine sans sortie extérieure. Un système de ventilation haute efficacité permet de récupérer 92 % de la chaleur. Grâce à l’ensemble des stratégies utilisées, la consommation d’énergie consacrée annuellement au chauffage sera de 10 kWh/m2, un exploit compte tenu de la limite déjà exigeante de 15 kWh/m2 par an de Passive House.

Les concepteurs ont aussi privilégié des matériaux locaux, recyclés et réutilisés. Le bois des planchers provient de frênes coupés à cause de l’agrile, les pierres de l’ancienne fondation ont été réutilisées pour l’aménagement paysager et les anciennes solives font maintenant partie du mobilier, énumère Philippe St-Jean. Les déchets de construction ont même été offerts gratuitement sur Kijiji. Des initiatives qui s’inscrivent à la fois dans l’axe de LEED et de Living Building Challenge.

Dans l’esprit de Living Building Challenge, qui prône l’autonomie et l’agriculture urbaine, plusieurs essences d’arbres fruitiers ont été plantées dans la grande cour. D’ailleurs, en 2017, le public pourra visiter Osora et son jardin lors des journées portes ouvertes Passive House. « On veut créer des liens avec la communauté et servir d’inspiration », résume Francis Berthiaume.

D’ici là, Philippe St-Jean, qui habite déjà les lieux, finalisera les détails de la construction. L’hiver qui vient permettra de mesurer les dépenses énergétiques du bâtiment. Osora aura donc bientôt des données de performance... et des pommes à partager.