Esquisses, vol. 29, no 2, été 2018

Politique de l'aménagement du territoire et de l'urbanismeDésir de cohérence

Ville de Québec
Photo : Doc Searls

Le 20 février dernier, l’alliance ARIANE, dont l’OAQ est membre, tenait à Québec le forum Savoir où on s’en va – pour une politique nationale de l’aménagement du territoire et de l’urbanisme.

Christine Lanthier

Des quartiers construits sans école à proximité. Des prolongements d’autoroutes entrepris alors que la réduction des gaz à effet de serre se fait pressante. Des succursales de la SAQ qui s’installent en périphérie de municipalités qui veulent pourtant dynamiser leur centre-ville. Des terres agricoles dézonées malgré un objectif régional d’en accroître la superficie… Voilà quelques exemples qui illustrent le manque de cohérence en matière d’aménagement du territoire au Québec.

Cette nonchalance territoriale est à l’origine de la création de l’alliance ARIANE, dont l’OAQ fait partie* et dont le but premier est l’adoption au Québec d’une politique nationale de l’aménagement du territoire et de l’urbanisme. Pour faire un état de la situation et esquisser les contours de la politique souhaitée, l’alliance a réuni quelque 150 personnes à Québec en février dernier. On trouvait parmi elles non seulement des représentants municipaux et gouvernementaux, mais aussi des professionnels et des décideurs issus d’une diversité de domaines: santé, éducation et développement économique, par exemple.

Points de vue convergents

«La couleur de l’évènement était vraiment multidisciplinaire, relate Jeanne Robin, directrice principale de Vivre en Ville et secrétaire de l’alliance ARIANE. Nous voulions convier des représentants qui soient capables de signaler pourquoi, de leur point de vue, c’est important d’avoir davantage de vision et de cohérence dans la façon d’aménager et d’organiser le territoire.»

Cet éclectisme a-t-il mis au jour des positions contradictoires? Au contraire, souligne Jeanne Robin. «Globalement, les participants s’entendaient sur la diversité des enjeux et l’importance de considérer chacun d’eux pour prendre des décisions éclairées. C’est sûr qu’ils ont exprimé des nuances pour ce qui est de la mise en œuvre et de la responsabilité, mais ça remettait de l’avant la nécessité d’avoir une politique nationale afin d’établir des règles plus claires pour tout le monde.»

Fait à noter, les quatre principaux partis provinciaux étaient représentés au forum. Québec solidaire et le Parti Québécois ont même intégré l’adoption d’une politique nationale de l’aménagement du territoire et de l’urbanisme dans leur plateforme. Quant aux décideurs et aux professionnels de l’État, «plusieurs suivent l’alliance ARIANE depuis ses débuts et souhaitent participer à différents ateliers sur des questions plus spécifiques. Il y a visiblement un intérêt de la part des acteurs gouvernementaux.»

Forte des commentaires recueillis lors du forum, l’alliance ARIANE rendra public un canevas de politique au cours du mois de juin. «L’objectif est que cette proposition soit débattue par les différents partis politiques et qu’ils puissent se l’approprier dans le cadre de leur plateforme en vue de l’élection d’octobre 2018.» Le cercle de discussion est donc appelé à s’élargir.

Le comité directeur de l’alliance ARIANE est composé de l’Association des aménagistes régionaux du Québec, Action patrimoine, la Fondation David Suzuki, Héritage Montréal, l’Ordre des architectes du Québec, l’Ordre des urbanistes du Québec, le Regroupement national des conseils régionaux de l’environnement du Québec, l’Union des producteurs agricoles, Vivre en Ville, Clément Demers, architecte et urbaniste, Ron Rayside, architecte et Marie-Odile Trépanier, urbaniste.

 

Politique québécoise de l’architecture

Des recoupements

Le projet de l’alliance ARIANE présente des airs de famille avec celui de l’OAQ, qui vise l’adoption d’une politique québécoise de l’architecture. Animatrice d’un panel lors du forum pour une politique nationale de l’aménagement du territoire et de l’urbanisme, la présidente de l’OAQ, Nathalie Dion, a rappelé que l’architecture doit obligatoirement être pensée en rapport avec l’aménagement du territoire. En 2017, lors de la tournée de conversations publiques de l’OAQ, les participants des 13 villes visitées ont exprimé leurs inquiétudes quant à l’étalement urbain, au manque de transport collectif et actif et à la trop grande place accordée à l’automobile dans leurs milieux de vie (voir Esquisses, automne 2017).

Autre similitude, le thème de la conservation du patrimoine est ressorti lors du forum de l’alliance ARIANE. Les participants aux ateliers ont déploré le manque de ressources techniques et financières des municipalités à cet égard, une situation qui entraîne la démolition de dizaines de bâtiments d’intérêt patrimonial chaque année. Il a aussi été question d’établir des orientations claires et une meilleure planification en ce qui concerne les bâtiments patrimoniaux vacants tels que les églises et les ensembles hospitaliers.