Esquisses, vol. 28, no 3, automne 2017

Concours Morph.o.polisSi j’avais pas d’char

Suivant l’adhésion de l’OAQ au Défi 2030, Esquisses présente dans chaque numéro un projet qui fait écho aux objectifs de cette initiative internationale. Rappelons que le Défi 2030 vise à éliminer, d’ici à 2030, les émissions de gaz à effet de serre dans les nouvelles constructions et les rénovations de bâtiments. Il comprend également un volet aménagement qui prend en compte le transport.

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Projet Cano, lauréat du concours Morph.o.polis, Collectif Escargo et Zaraté + Lavigne Architectes Images : Collectif Escargo et Zaraté + Lavigne Architectes

Transformer les principales artères de nos villes en parcs linéaires d’où les voitures individuelles seraient exclues, une idée farfelue ? Pas selon les gagnants du prix Morph.o.polis 2017. Coup d’œil sur un concept plein d’avenir.

Gabrielle Anctil

Imaginez une ville où les principales voies de circulation seraient converties en parcs, ne laissant qu’une seule voie de transit pour des véhicules autoguidés offerts sur demande. Quand ils seraient inutilisés, ces véhicules se gareraient d’eux-mêmes dans des tours bordant la rue. Imaginez en plus que ces voies relieraient entre eux tous les parcs de la ville, guidant les habitants d’un espace vert à un autre. Monde futuriste ? Rêve improbable ?

Pas selon l’équipe multidisciplinaire formée de la firme Zaraté + Lavigne Architectes et du Collectif Escargo, spécialisé en art public, qui a remporté la première place au concours international d’idées Morph.o.polis 2017 en présentant cette vision, intitulée Cano. Créé en 2015, Morph.o.polis s’inscrit dans le mouvement suscité lors de la COP21 et de la consultation VertMTL sur la réduction de la dépendance aux énergies fossiles. Pour la deuxième année de cette compétition, les équipes étaient invitées à soumettre des projets permettant de repenser les transports collectifs à Montréal.

Dans le monde de Cano, tout est pensé en fonction d’une mobilité douce. Les véhicules autoguidés, des voiturettes appelées « éoles », circulent à moins de 30 km/h le long de voies verdies, les « coulées ». Ils se stationnent dans des « moulins », qui se doublent de fermes verticales dont les produits sont vendus dans des épiceries au rez-de-chaussée. L’hiver, des pistes de ski de fond offrent une autre option pour les déplacements. « Nous voulions présenter une mobilité qui soit plaisante », explique Julie Parenteau, enseignante, artiste et membre du Collectif Escargo.

Fluidifier le transport

La vision de l’équipe derrière Cano permet surtout de rêver à une ville moins congestionnée. « Avec Cano, il n’y a presque plus de voitures individuelles sur les routes », résume Maxime Brosseau, architecte chez Zaraté + Lavigne. Selon lui, c’est tant mieux : « Il est urgent qu’on mette en place des moyens de déplacement plus efficaces. Une voiture reste stationnée la majorité du temps ! Les éoles, elles, sont utilisées au maximum de leur potentiel. » Josée Bérubé, architecte chez Provencher Roy et membre du jury de Morph.o.polis, voit dans l’idée des éoles une solution innovante au problème des voitures en ville. Selon elle, il s’agit d’un complément aux transports en commun actuels alliant la flexibilité des systèmes d’autopartage et la facilité d’utilisation des applications de taxi sur demande.

Non seulement moins de voitures sur les routes, mais aussi plus de verdure est l’un des grands objectifs de Cano. « Les arbres des coulées filtrent l’air, les espaces verts permettent une meilleure gestion des eaux de ruissellement. Cette verdure permettra à des animaux et à des pollinisateurs d’habiter la ville », s’enthousiasme Laurent Roy, chargé de projet chez Zaraté + Lavigne. Pour Josée Bérubé, le verdissement est un élément essentiel du projet : « Nous avons besoin de plus de verdure dans les centres. Les coulées vertes offrent une solution qui s’insère dans le tissu urbain. »

Bien que leur projet ait surtout pour but de repenser les transports, les membres de l’équipe ont aussi souhaité qu’il fasse rayonner Montréal à l’international. Selon Julie Parenteau, les tours prévues pour abriter les véhicules y contribueraient : « Ça pourrait être un élément caractéristique de la ville. » 

Projet Cano, lauréat du concours Morph.o.polis, Collectif Escargo et Zaraté + Lavigne Architectes Images : Collectif Escargo et Zaraté + Lavigne Architectes
Portée réaliste

L’équipe lauréate croit sincèrement que son projet, tout imaginaire qu’il soit, pourrait être implanté dans les rues de la métropole: «Une semaine après que nous avons déposé Cano, la Ville de Terrebonne a annoncé un projet pilote d’autobus sans conducteur. La technologie qui permettra à Cano de prendre forme existe déjà!» s’emballe Pierre-Yves Diehl, designer au Collectif Escargo.

Pour Josée Bérubé, le projet est surtout porteur d’avenir: «Le défi des prochaines années pour les villes sera de trouver une façon d’intégrer plusieurs formes de mobilité. Au final, l’idée de Cano est simplement de prendre des technologies qui sont à nos portes et de s’en servir pour repenser la ville.» Karyna St-Pierre, architecte paysagiste au Collectif Escargo, renchérit: «On n’a rien inventé, tout est déjà là. Il suffit de s’en servir.»