Esquisses, vol. 26, no 4, hiver 2015-2016

Métro de rêveStation spéciale

Station Toledo, métro de Naples, Oscar Tusquets Blanca. Photo : Gracieuseté de M.N. Metropolitana di Napoli


Antonin Labossière appelle de tous ses vœux le prolongement du métro de Montréal. Et il souhaiterait concevoir au moins une station digne du 21e siècle : fonctionnelle, durable, grandiose.

Martine Roux

 

Un concept architectural différent pour chaque station : tel était le souhait de l’administration du maire Jean Drapeau pour le réseau du métro de Montréal, au début des années 1960.

Si les noms des architectes n’ont pas nécessairement marqué l’histoire – on compte parmi eux Victor Prus, Jean-Louis Lalonde, Paul Goyer et autres Marcel Raby –, le résultat est néanmoins
« extraordinaire » aux yeux de l’architecte Antonin Labossière, associé chez Rayside Labossière, qui rêve d’ajouter son grain au chapelet de stations existantes.

« Concevoir une station de métro est un défi d’une complexité technique folle. C’est une infrastructure qui va durer une éternité. Il faut que ce soit beaucoup plus qu’un édicule technique : on s’attend à ce qu’elle apporte une valeur ajoutée. » 

 

Élévation souterraine

Conçu pour « impressionner la planète » à l’aube d’Expo 67, le métro de Montréal place la barre bien haut. Comment réinventer la station de métro au 21e siècle ? « Il faut que ce soit à la hauteur de ce que l’architecture actuelle peut permettre. Pour moi, les potentiels technologiques du verre, de l’acier, de la structure font en sorte qu’on peut faire des choses beaucoup plus flyées qu’avant. »

Parmi les exemples de stations qui l’inspirent particulièrement, il cite les métros de Bilbao et de Barcelone. « Les édicules de certaines stations conçues à la fin du 20e siècle présentent une architecture complètement différente des précédents. Le but était de marquer une nouvelle époque. Et on était [décideurs comme architectes] très à l’aise avec ça. »

La gare de Strasbourg est un autre bel exemple de mariage interépoques réussi, poursuit l’architecte. Inaugurée en 1883, la gare a récemment été recouverte d’une verrière visant à l’agrandir. Les travaux ont aussi permis de repenser l’intermodalité afin de permettre aux voyageurs de marcher du tram au train à l’abri des intempéries.

« On a corrigé le manque d’espace avec une réponse fonctionnelle pour les usagers, tout en posant un geste architectural grandiose. Les infrastructures [de transport en commun] peuvent et doivent permettre ce genre d’interventions. »

Le souhait d’Antonin Labossière se réalisera-t-il un jour ? « Je pense qu’on est encore trop dans l’austérité pour l’instant, mais je l’espère. »

S’il pouvait choisir, l’architecte opterait pour une station de la ligne bleue, dont le prolongement vers des secteurs de l’est de Montréal, mal desservis par le transport en commun existant, a été maintes fois reporté. « Je ferais celle des Galeries d’Anjou, tiens ! » ajoute en riant cet apôtre de la consommation responsable.

Heureusement, il ne coûte rien de rêver.

 

 

De rêve à projet - Naples : métro ou musée?

Station Toledo, métro de Naples, Oscar Tusquets Blanca. Photo : Gracieuseté de M.N. Metropolitana di Napoli

Lancé au début des années 2000, le projet d’agrandissement du réseau souterrain de Naples a mené à la conception de 16 stations de métro qui l’ont transformé en véritable galerie d’art.

Toutes différentes les unes des autres, les stazioni dell’arte sont signées par des pointures telles que Massimiliano Fuksas, Alvaro Siza et Eduardo Souto de Moura, Dominique Perrault... Elles accueillent quelque 200 œuvres d’artistes contemporains, quand elles ne sont pas elles-mêmes objets d’art.

L’une des plus spectaculaires est la station Toledo, conçue par l’architecte catalan Oscar Tusquets Blanca. Accessibles depuis une zone piétonne du centre historique de Naples, les couloirs de l’intérieur de la station sont coiffés de puits de lumière, ce qui permet l’éclairage naturel des zones souterraines. Au-dessus de l’escalator, un « cratère de lumière » revêtu d’une mosaïque de pâte de verre bleue donne l’impression de circuler sous une voûte céleste. Cette station a remporté un prix LEAF 2013, qui récompense des œuvres architecturales pouvant servir de référence à l’échelle internationale.

Selon le Guide Michelin 2015, y entrer équivaut à « une visite au musée pour seulement 1,30 euro ». Quand on parle de valeur ajoutée...