Esquisses, vol. 30, no 2, été 2019

Aménagement intérieurMaison du Parc : Glorifier le quotidien

La Maison du Parc, Montréal, la SHED architecture
Photo : Maxime Brouillet

Jean-François Boulianne et Stéphane Lavoie savaient précisément ce qu’ils voulaient faire de cette maison datant de 1910 dressée devant le parc La Fontaine: la transformer en un lieu unique évoquant des vacances dans un appartement haussmannien, où ils pourraient vivre et recevoir. La firme la SHED architecture les a accompagnés dans ce projet dès le processus d’achat. 

Par Catherine Bourbeillon

Portée par l’audace de leurs clients et la confiance qu’ils lui accordaient, l’équipe d’architectes s’est laissé guider par le bâtiment d’origine. Comme la majorité des éléments d’époque avaient disparu au fil des rénovations, ils ont fait le pari de réinterpréter cette maison centenaire de manière contemporaine. 

«Près de 100 % du terrain était bâti: il n’y avait aucune cour derrière la maison, explique l’architecte Renée Mailhot. Contrairement à ce que nous faisons habituellement, nous avons réduit la taille du bâtiment pour revenir à son implantation initiale.» La résidence est donc passée de 403 à 322 m2  de superficie totale, incluant le sous-sol.

La suppression de l’extension arrière de deux étages a permis d’aménager une cour avec terrasse, piscine creusée et garage. Les architectes ont aussi restauré la façade, qui avait perdu de son lustre.

À l’intérieur, le résultat est à la fois grandiose et enveloppant, alliant classicisme et modernité. «On le sent aussi dans la mise en scène des espaces de vie: l’esprit de ces appartements bourgeois a beaucoup inspiré l’organisation des lieux, l’esthétique et le travail de finition», explique Renée Mailhot. Le hall d’entrée et le salon avec foyer, par exemple, ont ainsi retrouvé leur configuration initiale. 

Pièce maîtresse

Les clients ont fait une demande particulière aux architectes tout en leur laissant carte blanche pour l’exaucer: «Nous souhaitions qu’il y ait un élément signature dans la maison, une création qui sortirait les architectes de leur zone de confort», dit le propriétaire, Jean-François Boulianne.

L’ensemble est organisé autour d’un imposant escalier circulaire imaginé par la SHED. Cet élément sculptural, quasi hypnotique, comble le client: «L’escalier, c’est la pièce maîtresse, le mastodonte, l’œuvre d’art de la maison, souligne-t-il. C’est le point central des lieux.» Surmonté d’un puits de lumière et dépourvu de contremarche, il permet de passer du rez-de-chaussée au sous-sol et à l’étage avec fluidité.

Sa fabrication et son installation ont toutefois constitué des défis considérables. Trouver une entreprise qui accepterait de le fabriquer s’est avéré ardu. Il a ensuite fallu faire entrer dans la maison les quatre gigantesques pièces d’acier qui composent les limons. La solution: les passer par l’arrière alors que ce mur était encore complètement ouvert. 

Sublimés par cet escalier, les espaces intérieurs en adoptent tous la palette désaturée oscillant entre le noir, le blanc et le gris. À l’étage, la bibliothèque anthracite rappelle les appartements européens, tout comme le parquet en chevrons fait de chêne teint en noir. 

Digne des grands restaurants

Ouvertes sur la cour grâce au mur rideau vitré qui compose la quasi-totalité de la face arrière du bâtiment, la cuisine et la salle à manger se partagent un espace marqué par un îlot de marbre et un module de rangement noir avec armoires. Ce meuble polyvalent dissimule les éléments fonctionnels de la cuisine lors des réceptions. Au sous-sol se cachent un cellier aux parois diaphanes et une étonnante salle de bain théâtrale rappelant l’univers des grands restaurants.

Ainsi redessinée, la résidence montréalaise fait honneur à ses racines et reflète l’âme de ses propriétaires. Selon Jean-François Boulianne, c’est là toute la réussite du projet: «Les architectes sont arrivés à transmettre qui nous sommes à travers un projet d’architecture et de design.» 

Commentaires du jury

Derrière le blanc discret qui revêt sa façade de briques typique des maisons bourgeoises du Plateau-Mont-Royal, la Maison du Parc recèle un intérieur spectaculaire. Autour d’un escalier grandiose à la légèreté aérienne s’articulent les espaces de vie marqués par un jeu de contrastes extrêmes entre le blanc et le noir, habilement mis en tension. Ces pièces, dont l’élégance graphique est rehaussée par le foyer et les comptoirs de marbre, forment un écrin quasi muséal pour accueillir le quotidien du couple d’occupants, incluant leurs réceptions. Le projet se caractérise également par un équilibre heureux entre l’ouverture des espaces communs, qui restent nettement délimités par l’alternance des matériaux, et l’intimité préservée dans les pièces à l’étage. L’aménagement du niveau inférieur a également bénéficié d’une attention particulière des architectes. Le jury salue l’audace de la proposition et la virtuosité de son exécution, dont résulte une demeure d’exception qui prend l’expression «art de vivre» au pied de la lettre.

LIEU
Arrondissement du Plateau-Mont-Royal, Montréal

CLIENTS
Stéphane Lavoie et Jean-François Boulianne

ARCHITECTES
La SHED architecture

INGÉNIERIE
Géniex