Esquisses, vol. 30, no 2, été 2019

Bâtiments commerciaux et industrielsHôtel Monville : Majestueux et intime

Hôtel Monville, Montréal, ACDF Architecture
Photo : Adrien Williams

Grâce à de subtils contrastes, l’hôtel Monville se démarque dans le ciel de Montréal tout en s’enracinant dans son quartier.

par Valérie Levée

Le propriétaire de l’hôtel Monville, qui possédait déjà le Gault, envisageait la construction d’un vaste hôtel-boutique de luxe, mais le terrain qu’il avait acquis sur la rue de Bleury était bien petit. Pour loger les 269 chambres du projet, il fallait donc ériger une tour. «Nous avons fait le pari de maximiser la densité en optant pour des chambres de dimensions modestes, mais dignes d’un hôtel quatre étoiles. Nous voulions que les clients sortent de leur chambre pour profiter des espaces communs», dit Jean-Cédric Callies, directeur des ventes et du marketing à l’hôtel Monville.

Autour de l’immeuble de 20 étages, la plupart des bâtiments ne dépassent pas quatre étages. «Nous sentions que la partie basse du bâtiment devait s’inscrire à cette hauteur-là», raconte Maxime-Alexis Frappier, architecte chez ACDF Architecture, qui a donc proposé d’ériger la tour sur un basilaire de trois étages.

Le Monville se distingue néanmoins dans le paysage urbain par ses façades en trompe-l’œil. «Nous avons joué sur les contrastes pour créer ce damier texturé qui capte les regards. L’objectif était que l’hôtel se différencie des bâtiments environnants, sans tomber dans le piège d’une architec­ture flamboyante», indique l’architecte.

Entrez, entrez!

Avec le basilaire, l’équipe d’ACDF Architecture souhaitait en outre engager un dialogue avec la rue. «Nous voulions penser aux piétons parce que nous croyons qu’un bâtiment commercial contribue au paysage urbain», soutient Maxime-Alexis Frappier. Les architectes ont donc opté pour des surfaces vitrées ponctuées de panneaux de bois qui offrent un aperçu de l’intérieur de l’établissement et dont l’alternance des matériaux dynamise la façade.

Ces percées visuelles constituent aussi une invitation. «L’idée est que les passants ne puissent pas manquer ce qui a lieu dans l’hôtel et qu’ils aient envie d’y entrer», dit Jean-Cédric Callies. D’ailleurs, le bar et le restaurant ne sont pas réservés aux clients. Le Monville propose également des activités en soirée et des cours de yoga ouverts à tous.

Un hall multifonctionnel 

Comme le souhaitait le propriétaire de l’hôtel, le hall d’entrée, qui s’élève sur les trois étages du basilaire, réunit l’accueil, le bar, le restaurant et le salon. «Nous voulions rompre avec le code du hall d’entrée traditionnel, où deux personnes sont derrière un grand comptoir dans un espace vide et où des portes nous séparent du bar ou du restaurant», explique Jean-Cédric Callies. Ici, le comptoir est remplacé par des bornes d’enregistrement informatisées. Le personnel est là pour répondre aux besoins plus spécifiques des clients.

L’intimité au pied des colonnes

Au centre du hall, des colonnes monumentales s’élancent vers le plafond. Elles créent pourtant une intimité grâce à une discontinuité du traitement: le terrazzo blanc s’interrompt à trois mètres du sol, où un éclairage forme une canopée de lumière au-dessus de laquelle les colonnes, désormais noires, se confondent avec le plafond, comme dans un ciel nocturne. «Nous voulions donner l’impression d’être couvé même si l’atrium est vaste», révèle Maxime-Alexis Frappier. Impression renforcée par les alcôves en panneaux de chêne qui rythment la façade vitrée. De l’autre côté, une juxtaposition de boîtes de bois et de barrotins de métal évoque les escaliers extérieurs des maisons montréalaises, tandis qu’une murale de photographies, œuvre de l’artiste montréalaise Valérie Jodoin Keaton, retrace l’histoire de la ville. «C’est une visite de Montréal en accéléré, l’art au service du visiteur», résume l’architecte.

Commentaires du jury

Cet hôtel du centre-ville montréalais s’est distingué parmi d’autres bâtiments commerciaux et industriels en répondant, dans un langage architectural épuré et soigné, aux contraintes importantes que comporte une construction dans un quartier de haute densité. Les fenêtres légèrement inclinées et leurs cadres en trompe-l’œil, qui misent sur le contraste graphique entre le blanc et le noir, affirment la personnalité propre de la façade, avec un minimum de moyens techniques. En partie basse, le podium méticuleusement composé s’aligne sur celui de l’édifice voisin. L’étude volumétrique a visiblement été menée avec intelligence, aboutissant à une intégration convaincante du bâtiment dans le paysage urbain, auquel il contribue désormais.

LIEU
Arrondissement de Ville-Marie, Montréal

CLIENT
Hôtel Monville

ARCHITECTES
ACDF Architecture 

INGÉNIERIE
Structure
: DPHV
Mécanique, électrique
: BPA

CONSULTANTS
Lambert et Fils, Blazys Gérard, Michel Panzini