Esquisses, vol. 30, no 2, été 2019

Bâtiments institutionnels et publicsDeux lauréats pour le prix d'un

Dans la catégorie des bâtiments institutionnels et publics, le génie a frappé deux fois. Les membres du jury ont donc choisi de couronner deux projets exceptionnels : l’école Baril et le Centre de découverte et de services du parc national des Îles-de-Boucherville.

par Valérie Levée

 

 

École Baril, Montréal, Birtz Bastien Beaudoin Laforest architectes (Provencher_Roy)
Photo : Stéphane Brügger

École Baril

Érigée au début du siècle dernier par souci d’offrir une belle architecture aux habitants du quartier ouvrier de Mercier–Hochelaga-Maisonneuve, l’école Baril a toujours fait la fierté de la communauté. Fermée en 2011 en raison des moisissures, elle a dû être démolie en 2015. Les architectes de Birtz Bastien Beaudoin Laforest (BBBL) avaient donc reçu de la Commission scolaire de Montréal (CSDM) et de l’arrondissement le mandat de reconstruire l’école en respectant l’ambition de l’édifice initial. «Il fallait offrir quelque chose de beau à la population, résument d’une même voix Clément Bastien et Jean-Sébastien Morin, architectes chez BBBL. Il y avait beaucoup de pression de la part du client et de l’arrondissement pour garder des éléments patrimoniaux dans la conception du nouveau bâtiment.»

De l’édifice d’origine ne reste que le portail, soutenu par une structure métallique et à l’écart des nouvelles constructions pour prévenir toute migration des moisissures. Il se dresse comme un monument au milieu du parvis, devenu un lieu de circulation et de rencontre pour toute la communauté.

De part et d’autre du portail et en retrait s’élève la nouvelle école Baril avec un gymnase, une salle polyvalente et un service de garde au rez-de-chaussée; les salles de classe occupent les deux étages. «L’arrimage entre le portail et la nouvelle école est parfait, estime Manon Lanctôt, chargée de projet à la CSDM. Les architectes ont réussi à créer un bâtiment moderne, mais qui reprend le concept d’origine avec une base en pierre, un corps de brique et le couronnement en continuité avec les décorations du portail.» Les élèves ont repris le chemin de leur école à la rentrée 2017.

 

Commentaires du jury

Le jury a tenu à récompenser le projet de reconstruction de l’école Baril, qui conclut de belle façon un chapitre éprouvant de l’histoire du quartier Hochelaga-Maisonneuve. Le nouvel édifice offre enfin aux élèves de ce quartier défavorisé un environnement propice à l’apprentissage. En conservant le portail d’origine, le projet tisse une continuité entre le patrimoine bâti de ce quartier historique de Montréal et la construction contemporaine. L’espace interstitiel aménagé derrière cette première façade crée un lieu de transition enveloppant entre la rue et le corps principal du bâtiment. En primant ce projet exemplaire sur le plan de la responsabilité sociale, le jury souligne l’apport de l’architecture à la vie démocratique, au moment où le Québec cherche à repenser l’école.

 

LIEU
Arrondissement Mercier–Hochelaga-Maisonneuve, Montréal

CLIENT
Commission scolaire de Montréal

ARCHITECTES
Birtz Bastien Beaudoin Laforest architectes (Provencher_Roy): Clément Bastien, Jean-Sébastien Morin, Marie-Josée Barbeau

INGÉNIERIE
Stantec

ARCHITECTURE DE PAYSAGE
Groupe BC2

TRANSPORT VERTICAL
Exim

ENTREPRENEUR GÉNÉRAL
Pomerleau

 

Centre de découverte et de services du parc national des Îles-de-Boucherville, Boucherville,
Smith Vigeant architectes inc.
Photo : Adrien Williams

Centre de découverte et de services du parc national des Îles-de-Boucherville

Au parc national des Îles-de-Boucherville s’élèvent deux petits bâtiments aux formes sinueuses. C’est la réponse audacieuse de la firme Smith Vigeant architectes à la commande de la Société des établissements de plein air du Québec (Sépaq).

Au départ, la Sépaq ne voulait qu’un seul bâtiment servant à la fois à l’accueil des visiteurs et à la location des canots. Quand les architectes ont proposé de séparer les services dans deux bâtiments reliés par un espace de rencontre et de renforcer l’axe piéton menant du stationnement aux berges, la Sépaq a acquiescé. Puis, quand les architectes ont offert le choix entre un concept de forme rectiligne et un autre tout en courbes, le maître d’ouvrage a opté pour le second.

En réalité, les corps des bâtiments sont rectilignes, mais les toitures qui les coiffent sont sinueuses. L’ensemble évoque ainsi les saules plantés aux alentours, avec leurs troncs massifs et leurs canopées surplombantes. «À la Sépaq, les projets doivent être fortement inspirés des lieux et se fondre dans leur environnement», commente Steve Gagnon, ingénieur, chargé de projet à la société d’État. «On a relevé le profil de l’espace libre entre les arbres, et cela a dicté les formes ondulées des toitures des bâtiments pour qu’elles épousent les espaces entre les arbres», ajoute Daniel Smith, architecte chez Smith Vigeant.

La conception bioclimatique a aussi déterminé certaines caractéristiques du projet: les baies vitrées ont été orientées pour profiter des apports solaires, et les avancées de la toiture ont été dimensionnées pour produire de l’ombre.

Le bois figure au premier plan des matériaux utilisés, d’abord dans la structure hybride en bois lamellé-collé et en ossature légère, puis dans les revêtements intérieurs et extérieurs en cèdre, parfaitement ajustés aux courbes. Il fallait d’ailleurs un entrepreneur capable de travailler avec des formes courbes pour parvenir à une telle qualité de réalisation, tient à souligner Daniel Smith.

 

Commentaires du jury

Ce projet s’est illustré par un propos architectural à la fois singulier, cohérent et bien maîtrisé dans son déploiement. Avec leurs formes sinueuses à l’intérieur comme à l’extérieur, les deux pavillons s’insèrent, sans le dominer, dans l’environnement naturel dont ils constituent la porte d’entrée. Les lignes organiques et la conception soignée des détails font de l’ensemble une réussite plastique convaincante. Le jury salue les choix durables opérés par les concepteurs. La réduction de l’empreinte au sol, les mesures techniques limitant la consommation d’énergie ainsi que la sélection du bois de structure et de revêtement traduisent un souci exemplaire de durabilité environnementale. Ce parti pris, en phase avec les valeurs collectives d’aujourd’hui, se conjugue avec un savoir-faire architectural évident, pour aboutir à un projet qui renvoie une forte image d’épanouissement et de sincérité.

 

LIEU
Parc national des Îles-de-Boucherville

CLIENT
Société des établissements de plein air du Québec (Sépaq)

ARCHITECTES
Smith Vigeant architectes inc.: Daniel Smith, Anik Malderis, Cindy Neveu, Stéphan Vigeant

INGÉNIERIE
Génie civil et structure: WSP
Mécanique et électrique: Bouthillette Parizeau

ARCHITECTURE DE PAYSAGE
Groupe BC2

ENTREPRENEUR GÉNÉRAL 
Construction R. Bélanger