Esquisses, vol. 30, no 2, été 2019

Prix Relève en architectureGuillaume Fafard : Renouveler la ville

Le projet Triade, Québec, Quinzhee. Une formule
hybride entre le plex et la maison unifamiliale.
Les unités se distinguent les unes des autres par différentes teintes de brique.
Photo : Dave Tremblay/1Px

Le jeune architecte Guillaume Fafard a fondé Quinzhee en 2013, l’année même où il est devenu membre de l’OAQ. Son portfolio est rempli d’habitations multifamiliales, toutes situées dans l’arrondissement de La Cité-Limoilou, à Québec. Le lauréat du prix Relève en architecture 2019 investit un champ de pratique peu exploité:  le petit immeuble d’habitation en milieu urbain.

Par Sylvie Lemieux

«Mon objectif, c’est de ramener la banlieue en ville en réinterprétant le modèle de la maison unifamiliale pour la rendre plus compacte, plus écologique et plus urbaine, dit Guillaume Fafard. Moi qui ai grandi en banlieue, j’ai découvert lors d’un stage d’études en France qu’habiter en ville comporte plusieurs avantages, dont celui de pouvoir vivre sans voiture.»

Cet engagement exemplaire envers la qualité en architecture lui vaut cette année le prix Relève en architecture. Ce prix récompense un architecte membre de l’Ordre depuis 10 ans au plus qui se démarque par son engagement envers la profession et le bien-être de la collectivité.

«Guillaume contribue à ramener des familles dans les quartiers urbains en proposant des habitations abordables qui correspondent aux modes de vie contemporains», souligne le professeur Jacques White, directeur de l’École d’architecture de l’Université Laval, qui a appuyé la candidature du jeune architecte. «Il développe des typologies innovantes avec un souci d’intégration dans leur milieu d’insertion.»

Un projet familial

Dans sa pratique, Guillaume Fafard est reconnu pour sa créativité et ses solutions pragmatiques. Des qualités qu’il a démontrées dans la transformation d’un immeuble du Vieux-Limoilou. Son mandat: ajouter un étage à ce duplex construit en 1922 pour que puissent y loger ses trois propriétaires, Lise Binet, sa fille Julie et son neveu François.

Arrimer du neuf à du vieux comporte son lot de défis. Les propriétaires tenaient par exemple à conserver un escalier intérieur qui permettrait aux occupants de se rendre facilement d’un appartement à l’autre. La difficulté pour l’architecte a été de prolonger cet escalier jusqu’au troisième étage, en plus de prévoir un accès à la terrasse sur le toit. Il lui fallait aussi tenir compte des exigences de la Ville, notamment en matière de revêtement extérieur.

Pour le trio de propriétaires, il s’agissait d’un premier projet de construction mené avec un architecte. L’expérience a été concluante. «Il a fait preuve d’un grand esprit de collaboration, tant avec nous qu’avec l’entrepreneur général. Nous sommes très satisfaits de notre nouvelle maison, qui répond bien aux besoins de chacun», affirme Lise Binet.

Ce projet intergénérationnel s’inscrit dans la mission que s’est donnée Guillaume Fafard de vulgariser l’architecture et de la rendre accessible au plus grand nombre. L’architecte, établi à Québec, s’engage aussi auprès de la relève. Il invite régulièrement des étudiants en architecture à visiter ses chantiers, en plus de participer à l’évaluation de leurs projets de fin d’études.

 Il offre même une bourse aux finissants pour les aider à lancer leur carrière. «Guillaume, c’est un peu le grand frère de la famille qui enseigne aux plus jeunes en se mettant à leur niveau, explique Jacques White. Il est un modèle pour les étudiants. Il représente bien la nouvelle génération d’architectes qui se démarquent grâce à une pratique novatrice. Ils sont aussi de bons employeurs. Cela crée un écosystème attractif pour la relève.»

Une grande fierté

Ces dernières années, plusieurs réalisations de Guillaume Fafard ont été récompensées. Il s’agit de projets qu’il a menés avec l’entrepreneur Construction St-Pierre Roseberry, un partenaire de longue date. En 2016, les Triplettes de Jeanne-Mance, des maisons de ville en copropriété érigées dans le quartier Limoilou, ont ainsi remporté un Mérite d’architecture de la Ville de Québec dans la catégorie Construction neuve – moyenne et haute densités. En 2017, Le Colisée, un ensemble de 11 logements locatifs implanté dans le quartier Limoilou, a reçu un prix Nobilis dans la catégorie Bâtiment neuf multifamilial – 7 à 16 unités. Une autre réalisation de Quinzhee a été doublement primée l’année suivante: Triade, un projet résidentiel de trois unités en rangée dans le quartier Saint-Sauveur, a raflé un prix Nobilis dans la catégorie Bâtiment multifamilial – moins de 16 unités, en plus de se distinguer dans la catégorie Construction neuve – basse densité aux Mérites d’architecture de la Ville de Québec.

Chacune de ces récompenses a procuré au fondateur de Quinzhee une grande fierté, mais le prix Relève en architecture l’a particulièrement ému. «La reconnaissance de ses pairs, c’est la plus haute distinction que l’on peut recevoir. C’est une belle tape dans le dos», dit le lauréat.

À 35 ans, Guillaume Fafard a déjà réalisé quelques-unes de ses ambitions, dont celle d’avoir sa propre firme. Ses prochains objectifs? «Faire croître Quinzhee pour décrocher de plus gros contrats encore. Et réaliser mes propres projets: être à la fois le promoteur et l’architecte permet une grande liberté de décision. Je veux construire des bâtiments durables pour participer à la lutte aux changements climatiques et créer des expériences à travers l’architecture.»