Esquisses, vol. 30, no 3, automne 2019

Défi 2030

Changements climatiques : Le monde municipal en mode solution

Pour favoriser la densité urbaine, le nouveau plan d’urbanisme de Victoriaville autorise la
construction en hauteur. Haut de six étages, l’ensemble d’habitation pour retraités Sélection Victoriaville s’inscrit dans ce programme.
Illustration : PMA Architectes

Des municipalités québécoises passent à l’action pour lutter contre les changements climatiques. Tour d’horizon.

par Sylvie Lemieux

«Les signes sont encourageants», estime Mathieu Gillet, responsable du développement des affaires chez Écohabitation, un organisme qui offre de l’accompagnement aux professionnels et aux particuliers dans la réalisation de projets d’habitation durable. Selon lui, le milieu municipal a commencé à s’attaquer sérieusement aux changements climatiques à la suite de la COP21, la conférence internationale sur le climat qui s’est tenue à Paris en 2015. «Le monde politique a commencé à réagir en s’appuyant sur des données scientifiques maintenant reconnues, et en réponse à la pression citoyenne, explique-t-il. Il y a une volonté grandissante de développer des écoquartiers, de revoir l’organisation du territoire en prévoyant des mesures qui permettent une transition écologique et énergétique. Même s’il reste beaucoup à faire, c’est un bon début.»

 

Un programme qui fait des petits

Parmi les villes québécoises qui ont une longueur d’avance, Victoriaville fait figure de leader. En 2011, cette municipalité du Centre-du-Québec a mis en place son programme Habitation durable (HD), qui offre aux citoyens une aide financière pour l’achat de matériaux écologiques, l’emploi de méthodes de construction écoresponsables, l’amélioration de l’efficacité énergétique et la gestion de l’eau domestique. À ce jour, la Ville a reçu 450 demandes de subvention liées à la construction neuve et 1547 liées à la rénovation. Un vif succès!

Dès son lancement, le programme HD a suscité l’intérêt d’autres municipalités. Elles sont maintenant une quinzaine à l’avoir adopté, dont Varennes, Petite-Rivière-Saint-François et Val-David. «Nous l’offrons gratuitement aux villes qui le demandent, explique André Bellavance, maire de Victoriaville. Et le téléphone sonne plus souvent qu’avant depuis les récents évènements climatiques. On a même reçu des appels en provenance de l’Ontario.»

Victoriaville veut faire plus encore. En juin dernier, la municipalité a lancé son programme de subventions Réno-Quartiers pour aider les propriétaires des quartiers centraux à rénover leur habitation. «On veut rendre nos vieux quartiers plus attirants en bonifiant l’offre de maisons écologiques pour favoriser la venue de nouveaux ménages. L’objectif est de densifier notre centre-ville afin de réduire l’étalement urbain», explique André Bellavance.

Ce programme s’inscrit dans le nouveau plan d’urbanisme, adopté plus tôt cette année, qui autorise dorénavant la construction en hauteur. Une tour d’habitation de six étages est d’ailleurs en chantier au centre-ville. Ce projet de plus de 250 appartements vise une clientèle de retraités.

 

La chasse aux GES à Plessisville

Non loin de là, la municipalité de Plessisville s’est dotée d’un plan de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) qui vise des objectifs ambitieux: une baisse de 20 % par rapport au niveau de 2013 d’ici 2020 pour les infrastructures municipales et une baisse de 10 % pour les habitations privées. Pour le concrétiser, la Ville a bénéficié de subventions totalisant 72000 $ de la Fédération canadienne des municipalités. L’organisme Vivre en Ville l’accompagne également dans l’intégration formelle de l’impact des GES dans son processus décisionnel.

Le plan inclut notamment l’adoption de systèmes d’éclairage moins énergivores pour les bâtiments municipaux et la mise en place d’un système d’autopartage de véhicules électriques. Du côté de l’habitation, Plessisville a implanté le programme FIME (Financement innovateur pour des municipalités efficaces), de l’Association québécoise pour la maîtrise de l’énergie, destiné à la rénovation résidentielle écoénergétique. La municipalité figure aussi parmi celles qui ont mis en œuvre le programme HD lancé par Victoriaville.

Or, malgré toutes ces actions, la Capitale mondiale du sirop d’érable sait déjà qu’elle n’atteindra pas ses cibles. «L’écart sera de 50 % environ, précise Justine Fecteau-Fortin, directrice du Service du développement durable à la Ville. Les premières actions ont permis d’améliorer notre performance, mais on a atteint un plateau plus difficile à dépasser.»

Pas question d’arrêter pour autant. À moyen terme, la municipalité caresse le projet de créer un écoquartier sur un terrain en redéveloppement qui inclurait des bâtiments à bilan énergétique neutre. «On veut densifier la ville et planifier l’habitation pour les prochaines générations, ajoute Justine Fecteau-Fortin. Notre travail est loin d’être fini.»

 

Nouveau plan d’urbanisme à Gatineau

Photo : Ville de Gatineau

La Ville de Gatineau s’apprête à apporter plusieurs modifications à sa réglementation en matière d’urbanisme afin de favoriser la lutte et la résilience aux changements climatiques. Les mesures prévues touchent principalement le chauffage solaire, les énergies renouvelables, l’économie d’eau potable, la gestion des eaux de ruissellement et l’installation de toits verts et de toits blancs.

«Ces règlements visent dans un premier temps les nouveaux bâtiments et quartiers en développement, explique Maude Marquis-Bissonnette, présidente de la Commission sur le développement du territoire, l’habitation et l’environnement. Des modifications seront apportées plus tard pour le parc d’immeubles existants.»

Ainsi, les nouveaux ensembles résidentiels seront soumis à des exigences quant à l’orientation des maisons et à l’aménagement des pièces intérieures, afin de favoriser le chauffage solaire. Par ailleurs, tous les nouveaux bâtiments devront être équipés d’une sortie électrique extérieure de 240 V pour recharger les véhicules électriques.

Gatineau sera aussi l’une des premières villes à autoriser l’installation d’éoliennes domestiques sur des terrains de grandes dimensions situés en dehors de la zone urbaine. La Ville veut également réduire les îlots de chaleur. Elle exige désormais la plantation d’arbres dans les aires de stationnement de plus de 20 places. 

«Ces changements sont bien accueillis par la population, mais ce ne sont que les premiers pas, il faudra faire plus encore», affirme Maude Marquis-Bissonnette.

Un sentiment partagé: dans les villes du Québec, la lutte aux changements climatiques ne fait que commencer...