Esquisses, vol. 30, no 3, automne 2019

Tour du Québec

Des collaborations fructueuses

Maisons de ville sur le terrain de l’ancienne usine Fortissimo, Drummondville, Atelier Pierre Thibault
Illustration : Atelier Pierre Thibault

Des relations entre architectes et municipalités placées sous le signe du dialogue et de la confiance: c’est possible! Quatre architectes en témoignent.

par Anne-Hélène Dupont

 

Fortissimo  : Les citoyens d’abord

Vue aérienne, projet Fortissimo, Drummondville, Atelier Pierre Thibault
Illustration : Atelier Pierre Thibault

Jérôme Lapierre, architecte à l’Atelier Pierre Thibault

«La requalification du terrain de l’ancienne usine Fortissimo, à Drummondville, réunit les meilleures pratiques en matière de planification municipale: une réflexion profonde en amont, la formation d’un comité consacré au projet et une approche collaborative de planification. Pour Pierre Thibault et moi, qui avons accompagné le comité de requalification du site et conçu le plan directeur du quartier, ç’a été un formidable terrain de jeu!

La Ville nous a confié ce mandat à l’automne 2017, après avoir tenu une consultation où les citoyens avaient soumis leurs idées pour l’avenir de ce terrain. Équipement culturel, espaces verts, logements… Nous avons reçu toute une liste de propositions!

Nous avons invité la Ville à créer un comité qui suivrait toutes les étapes du projet. Formé du maire, de conseillers et d’employés municipaux, il s’est avéré dynamique et motivé par une vraie volonté d’innovation. 

Un temps fort du processus a été la présentation, en novembre 2018, de deux scénarios aux citoyens. Près de 500 personnes ont assisté à cette soirée où nous avons recueilli leurs commentaires sur deux propositions, nommées “La coulée verte” et “Les jardins habités”. Le plan directeur qui en résulte est un heureux mariage des deux. Ce quartier résidentiel comprendra notamment la promenade riveraine de la première proposition et le lieu de diffusion culturelle intégrant l’ancienne cheminée de l’usine que nous avions inclus dans la seconde.»

 

Chez Bayard : Le bon sens l’emporte

Chez Bayard, Québec, Quinzhee Architecture
Illustration : Quinzhee Architecture

Guillaume Fafard, architecte chez Quinzhee Architecture

«Construction St-Pierre Roseberry m’a demandé en 2016 de concevoir un bâtiment pour un terrain vacant en bordure du boulevard Charest, dans Saint-Sauveur, à Québec. Mais le projet que j’ai conçu dépassait le nombre de logements prévu au zonage, il incluait des locaux commerciaux sur un terrain zoné résidentiel et il disposait 95 % de l’aire verte sur le toit, alors que le règlement limitait cette mesure à 25 %.

Nous avons soumis une demande de dérogations mineures à la Commission d’urbanisme et de conservation de Québec (CUCQ). Elle nous a évidemment fait remarquer que le projet n’était pas conforme, mais qu’elle était favorable à l’idée de revitaliser ce site.

Nous avons fait valoir que le bâtiment s’intégrerait bien à l’environnement et qu’en plus de la toiture végétale, nous allions construire un pan de mur végétalisé. Et nous avons restreint les usages commerciaux à des commerces de proximité ou à des services professionnels.

Nous avons aussi dû négocier avec le comité du transport structurant, qui réclamait un coin du terrain pour ses équipements. Pour répondre à ses exigences, j’ai redessiné un angle du bâtiment et supprimé un espace de stationnement intérieur.

Finalement, presque toutes nos demandes ont été acceptées! C’était le gros bon sens: la réglementation ne correspond plus aux besoins actuels. Je pense que la Commission a vu que nos demandes étaient sensées.

Je crois aussi que la CUCQ connaît mon travail avec St-Pierre Roseberry et l’apprécie, puisque nous revalorisons souvent des terrains vacants ou des édifices en mauvais état. Nous avons également l’appui des citoyens, avec qui j’entretiens de bonnes relations. Tout ça favorise le dialogue!»

 

Cité Midtown : Une conversion réfléchie

Vue de la rue partagée et de la place publique, Cité Midtown, arrondissement de Saint-Laurent, Montréal
Illustration : Campanella & associés

Rafik Salama, architecte et conseiller en planification à l’arrondissement de Saint-Laurent, Ville de Montréal

«Dès l’annonce de la fermeture de l’usine Honeywell, l’arrondissement de Saint-Laurent a voulu saisir cette occasion de transformer ce site contaminé en pedestrian-oriented development (POD), un quartier résidentiel axé sur le piéton. Les forces de ce projet: une vision d’ensemble pour le quartier dès le début, et une démarche de planification et de définition du quartier misant sur le dialogue entre l’administration municipale, les promoteurs, les architectes et les citoyens.

Dès 2009, nous avons discuté avec Kilmer Brownfield Equity Fund, un promoteur spécialisé en décontamination qui avait acquis le terrain en vue de concevoir un quartier où les citoyens pourraient se déplacer uniquement en transport actif, entre autres pour se rendre à la station de métro Du Collège, qui se trouve à 800 m de ce site.

Mon équipe et moi avons travaillé avec les architectes de Campanella & associés. Ils ont réalisé les études volumétriques et la modélisation 3D sur la base desquelles nous avons conçu le plan directeur du quartier.

Les citoyens ont pu donner leur avis tout au long du processus. Nous avons tenu compte de leurs préoccupations, notamment en matière de sécurité et de circulation automobile, pour peaufiner le projet, qui comptera 800 logements, un parc et une place publique, et qui vise la certification LEED.

C’est maintenant le promoteur immobilier Urban Capital qui a pris le relais du projet, nommé Cité Midtown. Celui-ci est à l’étape des approbations relatives à l’entente sur les infrastructures et au plan d’implantation et d’intégration architecturale, en amont de l’approbation de permis.»

 

Bibliothèque Gaston-Miron  : La confiance règne

Bibliothèque Gaston-Miron, Sainte-Agathe-des-Monts, Atelier Idea
Photo : Denis Désilets

Sonia Leroux, architecte associée chez Atelier Idea

«Dans le projet de rénovation et d’agrandissement de la bibliothèque Gaston-Miron, la Ville de Sainte-Agathe-des-Monts a fait preuve d’une attitude exemplaire. D’abord, elle a lancé des appels d’offres distincts pour le mandat d’architecture et le mandat d’ingénierie – une excellente initiative, parce que ce sont deux professions différentes. Comme architectes, nous ne pouvons pas corriger les calculs de structure des ingénieurs, par exemple. D’ailleurs, en cours de projet, il y a eu des changements importants dans l’équipe d’ingénieurs. Ces mandats séparés ont permis de limiter l’impact des changements sur le projet.

Sainte-Agathe-des-Monts nous a aussi accordé une grande confiance, notamment lorsque des dépassements de coûts sont survenus. Les premières évaluations n’avaient pas révélé tous les problèmes structuraux du bâtiment d’origine, que nous avons finalement dû renforcer et contreventer. L’administration a bien réagi aux coûts supplémentaires générés par ces interventions, d’une part parce qu’elle nous faisait confiance, d’autre part parce que le directeur général de la Ville était partie prenante de toutes les décisions.

La confiance et l’ouverture d’esprit régnaient aussi au Service d’urbanisme et au comité consultatif d’urbanisme (CCU). Alors que d’autres municipalités auraient eu le réflexe de résister au style contemporain de notre proposition, les membres du CCU de Sainte-Agathe-des-Monts comprenaient que le geste d’agrandissement devait être de son époque. Une telle confiance, c’est précieux!»