La majorité des centres sportifs de Montréal ont été construits avant 1984, soit avant l’adoption de normes d’accessibilité pour les personnes en situation de handicap. Mettre ces bâtiments à niveau représentera un défi à la fois technique, patrimonial et financier. Et si on s’inspirait de ce qui s’est fait à Paris pour les Jeux olympiques et paralympiques de 2024 ?
Cinquante ans après la tenue des Jeux olympiques à Montréal, le temps est-il venu pour la métropole de poser sa candidature pour les accueillir de nouveau ? L’idée semble saugrenue tant la « dette olympique » a été longue à rembourser. Pourtant, cela pourrait servir de catalyseur à l’intégration de l’accessibilité universelle dans de nombreux équipements sportifs québécois.
L’exemple de Paris 2024 est révélateur. Plutôt que de miser sur la construction de nouvelles infrastructures, la capitale française a fait de la réhabilitation de ses équipements sportifs existants un levier d’accessibilité, de durabilité et d’inclusion. En visitant plusieurs de ces installations, j’ai cherché à comprendre les leçons que le Québec pourrait tirer de l’expérience française, dans laquelle la réhabilitation est fondée sur les besoins des usagers et usagères, la sobriété et la simplicité des interventions.
Alors que les contraintes budgétaires et patrimoniales servent souvent à justifier l’inaction pour ce qui est des bâtiments existants, les projets réalisés dans le cadre de Paris 2024 démontrent qu’une autre approche est possible. Évidemment, « il ne fallait surtout pas dépasser le budget. Le monde entier nous regardait », évoque Romain Brochard, architecte cofondateur de l’agence parisienne Ylé, qui a travaillé sur la réhabilitation des installations olympiques du Stade Pierre de Coubertin avec le bureau Face B, de Lille. Les architectes ont donc eu à « trouver les solutions les plus simples économiquement pour permettre une conception universelle qui va au-delà des attentes normatives ». En d’autres mots, il s’agit d’une accessibilité qui ne se limite pas à éliminer les barrières physiques, mais qui intègre des interventions facilitant l’orientation, améliorant le confort et offrant des équipements adaptés afin de rendre les lieux plus accueillants pour tout le monde.
Je me suis rendu au Stade Pierre de Coubertin, bâtiment moderniste datant du milieu du 20e siècle et aujourd’hui utilisé à la fois comme gymnase public et stade professionnel, étant le domicile du club Paris Saint-Germain Handball. Un employé du stade m’a fait découvrir une série d’améliorations subtiles, mais déterminantes. Parmi celles-ci : construction de rampes le long du bâtiment intégrées aux façades, installation d’un ascenseur reliant le sous-sol aux trois niveaux de gradins, réfection complète de la signalétique, pose d’un plafond en fibre de bois pour améliorer l’acoustique, ajout de nouvelles places pour les personnes en fauteuil roulant aux trois niveaux de gradins ainsi qu’aménagement de toilettes et de vestiaires accessibles sans obstacles et équipés de casiers ergonomiques coulissants pour les athlètes dont la mobilité est réduite.
Malgré l’abondance des interventions, je reste frappé par la sobriété de l’ensemble. Il y a une simplicité calculée dans le design qui laisse savoir qu’on est dans un bâtiment de 1946.

Photo : Xavier St-Jean Labrecque
Forts de leurs expertises, les architectes ont misé sur une construction durable, en minimisant les démolitions, en privilégiant des matériaux sobres et renouvelables, issus du travail des artisanes et artisans locaux, et en concentrant les investissements sur les interventions essentielles pour le Stade Pierre de Coubertin, comme un meilleur contrôle de l’acoustique. Ces interventions simples évitent que les spectatrices et spectateurs repartent avec un mal de tête, et facilitent l’orientation des personnes ayant des problèmes d’audition ou de vision.
Cette simplicité doit avant tout répondre aux besoins des usagers et usagères. Lorsque la qualité de l’accessibilité repose uniquement sur l’application de normes prescriptives, elle se heurte souvent aux contraintes budgétaires et patrimoniales propres aux projets de réhabilitation. « Il ne s’agit pas d’un manque de volonté ni de créativité, mais de contraintes spatiales qui, dans certains cas, empêchent toute mise aux normes compatible avec l’enveloppe budgétaire », mentionne Hubert Lemieux, architecte, directeur à Patriarche Canada.
L’expérience du Stade Pierre de Coubertin montre que, dans les bâtiments existants, une approche axée sur la compréhension des besoins des personnes en situation de handicap devrait primer sur une approche dimensionnelle, c’est-à-dire fondée sur les dimensions d’équipements spécialisés et de dégagement requis pour leur utilisation. Pourtant, la mise en application de nombreuses normes et réglementations en matière d’accessibilité demeure ancrée dans cette seconde logique, au point de rendre impossible la réhabilitation de certains bâtiments existants.
Mettre l’expérience à profit

Photo : Xavier St-Jean Labrecque

Photo : Xavier St-Jean Labrecque
Au commencement du projet, à la demande de la Ville de Paris et de la Société de livraison des ouvrages olympiques, les architectes de Face B et de Ylé ont collaboré avec divers organismes afin d’organiser des visites et des séances de consultation réunissant des personnes en situation de handicap lors de leurs activités sportives et les soirs de match du Paris Saint-Germain Handball.
Pour Romain Brochard, ces consultations constituent un atout. « On a compris que c’était une richesse. Ça nous a permis d’ajouter une précision dans notre trait, dans le sens où le projet est mieux compris, dit-il. Notre travail, c’était d’être à l’écoute pour dessiner le projet selon ce qui était jugé essentiel. »
En intégrant dès le départ l’expérience vécue par les usagères et usagers, on s’assure non seulement d’éviter des erreurs de conception, mais aussi d’aborder l’accessibilité comme une qualité vécue, plutôt qu’une contrainte normative. Toutefois, cette prise de conscience ne suffit pas à elle seule à garantir un environnement sans obstacles pour une expérience autonome, sécuritaire et équitable.
L’accessibilité dépasse les limites d’un projet. Elle dépend également des parcours, des connexions et de l’environnement qui l’entoure. « Ce n’est pas parce qu’un bâtiment est accessible que les moyens de s’y rendre le sont », prévient Grégorie Lartigot, directeur délégué du Centre aquatique olympique Métropole du Grand Paris, construit pour les Jeux olympiques de 2024. De fait, le Stade Pierre de Coubertin est situé dans un quartier d’accessibilité augmentée, où toute personne, quelle que soit sa situation, peut se déplacer facilement.
D’ailleurs, un bâtiment jugé accessible aujourd’hui ne le sera peut-être pas pour toujours. Même Le Prisme, un nouveau centre sportif à Bobigny, pourtant consacré – et entièrement adapté – à la pratique du sport par les personnes en situation de handicap devra éventuellement s’adapter à de nouveaux besoins. L’accessibilité apparaît ainsi moins comme un état fixe que comme un processus de dialogue entre l’architecture et les besoins des usagers et usagères.
L’accessibilité : une affaire de simplicité ?

Photo : Xavier St-Jean Labrecque
Pour que l’existant soit mieux transformé, l’accessibilité devrait-elle être davantage définie par des critères qualitatifs et contextuels plutôt qu’être strictement encadrée par des normes ? La rampe reliant le nouveau centre aquatique de Paris au Stade de France en est un exemple : selon ses architectes Laure Mériaud et Yves de Pommereau – et selon ma propre expérience –, elle facilite le déplacement grâce à une longue pente douce et des paliers de repos même si elle n’est pas considérée comme « accessible » au sens de la réglementation française, car trop inclinée. Pourtant, il s’agit bien de la solution la plus simple pour relier ces deux bâtiments, qui ont un écart de hauteur de six mètres et qui sont séparés par une autoroute.
Je retiens de mon séjour à Paris que, si Montréal devait à nouveau accueillir les Jeux olympiques, la préparation de ses bâtiments devrait reposer sur une seule priorité : une accessibilité de l’existant guidée par la simplicité. Celle-ci ne peut être atteinte que par une réhabilitation fondée sur les besoins des usagers et usagères, et par une médiation constante entre ce qui doit être fait absolument et ce qui peut être négocié.