Ils et elle sont jeunes, créatifs, ambitieux et portent une vision au croisement de l’architecture et du design d’intérieur. Les réalisations signées Ivy Studio se démarquent par une grande maîtrise des détails et une finesse d’exécution hors du commun, deux qualités que l’OAQ a voulu souligner en décernant à la firme le prix Relève en architecture 2026.
Ivy Studio, c’est d’abord la réunion de quatre amis qui se sont rencontrés pendant leur baccalauréat en architecture à l’Université Laval. Philip Staszewski, Gabrielle Rousseau, David Kirouac et Guillaume B. Riel venaient à peine d’obtenir leur titre quand ils se sont lancés dans l’aventure d’Ivy Studio, en 2018. Ils n’avaient pas 30 ans. « Les gens nous confient des sommes importantes pour réaliser leur projet de rêve. Notre plus grand défi, à l’époque, c’était de les convaincre qu’on était sérieux et capables de réussir, malgré notre âge », lance Philip Staszewski.
Pour asseoir sa crédibilité, le quatuor a misé sur un travail rigoureux, des communications léchées et un engagement actif dans le milieu de l’architecture, notamment en participant à des jurys et à des conférences. Des efforts qui ont porté leurs fruits, alors que leur travail a fait l’objet de plus de 230 publications et articles, en grande majorité à l’international dans des magazines comme Frame ou Dezeen, et a été primé plusieurs fois. La jeune firme a également remporté le prix de la Relève aux Grands prix du design 2022 en plus de figurer dans le Top 50 des architectes de l’année 2025 du magazine AN Interior.
Une évolution très rapide, confirme Marc-André Carignan, animateur, auteur et chroniqueur spécialisé en aménagement urbain. En l’espace de quelques années à peine, les architectes ont réussi à se tailler une place dans plusieurs créneaux : bureaux, commerces, restaurants… « Cela prouve que leur nom circule, qu’ils ont un bon réseau et que leurs projets marquent l’imaginaire, dit-il. Ce qui frappe le plus dans leur travail, c’est leur manière de jouer avec la matière, la lumière, les textures et les couleurs afin de créer des lieux sensibles, intimistes et intemporels. »
Il cite en exemple le réaménagement des bureaux montréalais du festival M.A.D. (mode, arts et divertissement), où la mousse isolante rose de certains murs a été laissée bien en vue – derrière des panneaux de polycarbonate –, une originalité devenue la signature du lieu. Un imposant bar en marbre et du mobilier violet et rose donnent une touche spectaculaire à l’ensemble, autrement dominé par le blanc.
Architectes du détail

Photo : gracieuseté d’Ivy Studio
Cette attention portée à chaque élément fait partie de l’ADN de l’entreprise, dont l’approche se veut holistique, explique Gabrielle Rousseau. « On aime travailler des projets dans leur ensemble, autant sur le plan architectural que du design intérieur. On dessine des objets spécifiquement pour chaque projet, que ce soit un divan, une chaise, une lampe. On essaie toujours d’amener un petit quelque chose qui rend les projets uniques. On y consacre énormément de temps, mais c’est ce qui nous stimule. » Cette recherche fait beaucoup appel aux artisanes et artisans locaux, un aspect aussi salué par l’industrie.
Aux yeux des quatre associés, ces détails font toute la différence : un lieu réfléchi et cohérent offre une expérience unique. Un autre exemple ? L’aménagement d’un espace de travail partagé dans un bâtiment patrimonial de Verdun, peu fenestré. Pour l’éclairer, 20 puits de lumière ont été disposés autour d’un îlot central, où se trouvent les bureaux. Murs de briques de verre, miroirs, comptoir de réception de zinc aux reflets irisés, mobilier noir lustré : tout a été pensé pour jouer avec la luminosité.
Un souci du détail exceptionnel également souligné par Sandra Heintz, directrice générale d’Index-Design, qui a confié la scénographie de l’édition 2025 de l’évènement Complètement Design à Ivy Studio. Avec beaucoup d’originalité, la firme a revu l’environnement physique du Grand Quai du Port de Montréal pour créer une ambiance et guider l’expérience des participants et participantes. « Chaque exposant se voyait remettre un petit carré de miroir sur lequel il devait déposer un objet rappelant son processus de fabrication, comme un croquis », se remémore Sandra Heintz. Une bonne idée, selon elle, puisque cela créait un fil conducteur entre les entreprises qui exposaient, tout en rappelant le thème de l’évènement, soit l’importance du cheminement créatif.
La firme avait aussi imaginé des murs amovibles et volontairement inachevés pour délimiter l’espace. Ces murs ont ensuite été récupérés pour ses propres chantiers. « Tout ce qu’ils ont créé l’a été dans une perspective de réemploi, de réduction des déchets. Cela fait partie de l’ADN de notre salon, ce qu’ils ont très bien compris », résume-t-elle.
Quand les idées s’éclatent
Selon Marc-André Carignan, Ivy Studio se démarque aussi par « une formidable capacité à se réinventer », sans s’étourdir dans les tendances du moment. Le bureau refuse de s’enfermer dans un style ou dans un type de projets : ses réalisations peuvent s’inspirer tant du minimalisme japonais que du maximalisme parisien. « Quand un client a une vision claire, on a juste envie d’embarquer dans son univers et de voir comment pousser son idée le plus loin possible, explique Philip Staszewski. C’est ce qui nous allume. »
Les partenaires misent aussi sur la complémentarité de leurs expériences, leurs classes ayant été faites auprès de grands noms de l’industrie, comme Atelier Pierre Thibault, Atelier Zébulon Perron, L. McComber – architecture vivante et Sid Lee Architecture. « On préfère ne pas trop se spécialiser, ce qui nous incite à apprendre constamment, plutôt que de tomber dans des habitudes », souligne Gabrielle Rousseau.
Ce mélange des genres donne naissance à des projets audacieux, comme la transformation d’un bâtiment patrimonial du quartier Pointe-Saint-Charles, à Montréal, en golf intérieur. Plutôt que d’installer des simulateurs côte à côte, la firme a conçu des salles pour pratiquer en petit groupe avec moult détails évoquant l’héritage du golf, comme des tapis faisant penser au gazon des terrains. Une réalisation ayant particulièrement rayonné à l’international, puisque rares sont les endroits comme celui-ci, qui réinventent à la fois l’expérience du golf intérieur et son esthétique.
Des projets d’envergure
Aujourd’hui, Ivy Studio est installé dans le sud-ouest de Montréal, dans des locaux situés sur le toit d’une ancienne usine sur les berges du canal de Lachine. De la terrasse, on peut voir le mont Royal et le centre-ville. Un lieu inspirant pour l’équipe de sept personnes jonglant actuellement avec une vingtaine de projets, allant du petit café dans le quartier Saint-Henri à une boutique de vêtements… en Chine !
La boîte travaille aussi sur le design intérieur d’un hôtel de 162 chambres dans une tour de 15 étages occupée autrefois par des bureaux du Canadien Pacifique, au centre-ville de Toronto. Au moment de notre rencontre, Philip Staszewski s’apprêtait à s’envoler vers l’Europe avec son client, pour visiter des hôtels à Paris, à Londres et à Milan, autant d’inspirations pour ce projet hôtelier qui devrait ouvrir ses portes en 2028. « On sent qu’on est passés dans une autre ligue, en huit ans à peine. Cela nous pousse à multiplier les efforts pour évoluer encore », souligne-t-il.
Aux yeux des quatre architectes, être lauréats du prix Relève en architecture prouve qu’ils sont sur la bonne voie. « La firme constitue déjà une référence pour la profession, et tout indique que ce n’est que le début », conclut Marc-André Carignan.

Photo : gracieuseté d’Ivy Studio