Comment améliorer la qualité de la construction au Québec ? Pour réfléchir sur le sujet, l’OAQ a organisé, dans le cadre de son Chantier Qualité de la construction, un forum rassemblant les principaux acteurs et actrices du milieu. Compte rendu des discussions.
La qualité de construction au Québec : qu’en pensent les architectes ?
Un sondage de l’Ordre auprès de ses membres met en lumière leur perception de la qualité des projets réalisés au Québec et permet de dégager certains constats et enjeux qui les préoccupent.
Pour offrir une qualité de vie décente à tout le monde au Québec et prendre soin du cadre bâti, l’ensemble de l’industrie de la construction devra se relever les manches. Or, les coûts grimpent en flèche, et la main-d’œuvre se raréfie. Comment construire de la qualité sans y laisser sa chemise ?
L’Ordre des architectes du Québec a réuni des intervenants et intervenantes du milieu pour se pencher sur cette question à l’occasion du Forum sur la qualité de la construction, le 26 mai dernier, à Montréal. L’activité a été organisée avec le soutien du ministère de la Culture et des Communications du Québec. « L’erreur à ne pas faire, c’est de répondre trop vite à cette question, sans réfléchir », a souligné d’entrée de jeu Pierre Corriveau, président de l’Ordre. Pas question non plus de travailler en vase clos, exhorte-t-il. En rassemblant toutes les branches de l’industrie dans la même salle, l’OAQ a voulu ouvrir des horizons nouveaux et tisser des liens essentiels. Plus de 250 participants et participantes provenant d’une centaine d’organisations se sont prêtés à l’exercice.
Et il le faut, car le défi est de taille. « Le chantier qui nous attend pour les 10 prochaines années équivaut à 123 stades olympiques », a expliqué l’innovateur en chef du Québec, Luc Sirois, se reportant aux coûts et aux besoins de main-d’œuvre qu’exigeront l’entretien des infrastructures et les nouvelles constructions au cours de cette période.
État des lieux

Photo : Service J photographie

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Dans un rapport sur la crise des infrastructures publiques, publié au début de 2026, l’Ordre des ingénieurs du Québec (OIQ) brosse un tableau plutôt sombre de la situation actuelle. Deux principaux facteurs sont en cause : d’abord, le déficit de maintien des actifs du gouvernement du Québec, que ce dernier évalue à 40 G$, un montant bien « en deçà de la réalité, puisqu’il repose sur un portrait incomplet de l’état des infrastructures », précise Sophie Larivière-Mantha, présidente de l’OIQ ; puis, les changements climatiques, qui pourraient, toujours selon l’OIQ, coûter 2 G$ annuellement aux municipalités du Québec d’ici 2055.
Luc Sirois rappelle de plus que le Plan d’action 2035 d’Hydro-Québec estime à 185 G$ les investissements requis pour développer son réseau. De son côté, Julie Bourdon, mairesse de Granby et présidente du comité sur les infrastructures de l’Union des municipalités du Québec, signale qu’à lui seul, le déficit de maintien des infrastructures municipales d’eau s’élève à 50 G$.
Place à de nouvelles façons de faire
Pour plusieurs panélistes invités au Forum, une révision des processus de planification des chantiers est nécessaire si on veut parvenir à réduire les coûts de construction. « Il faut qu’on implique les entrepreneurs plus rapidement », insiste Francine Sabourin, directrice générale de l’Association de la construction du Québec. « On a parfois l’impression que les besoins ne sont pas bien ciblés au départ, ce qui cause des soucis avec les plans et devis et l’ajout de plusieurs addenda, ce qui fait gonfler les coûts. »
La standardisation s’est également invitée dans les discussions, comme solution pour faire des économies. « Standardiser ne veut pas dire faire juste des boîtes grises », insiste Julie Bourdon. Selon elle, on aurait tout à gagner à utiliser les mêmes plans d’une ville à l’autre pour des infrastructures municipales comme des toilettes publiques ou des chalets de parc. « Est-ce grave si ce sont les mêmes à Granby et à Rimouski ? »
Réglementation trop lourde ?
L’entrée en vigueur d’une nouvelle mouture du Code de construction, initialement prévue pour l’automne 2026, mais que le gouvernement a reportée d’un an, a soulevé les passions. Les nouvelles dispositions toucheront entre autres les mesures d’accessibilité, l’installation de bornes pour véhicules électriques et la protection contre les séismes.
Tout cela fera augmenter les coûts de construction, estiment la Régie du bâtiment du Québec (RBQ), l’Association des professionnels de la construction et de l’habitation du Québec (APCHQ) et l’Union des municipalités du Québec (UMQ). De combien ? La réponse varie : de 3 % à 19 %.
Silvia Garcia, vice-présidente à la réglementation et à l’innovation à la RBQ, rappelle tout de même que ces nouvelles dispositions ont été établies à la suite d’analyses d’impact et d’un processus consultatif s’étalant sur plusieurs mois. « Le code existe depuis 1941 et il évolue tous les 5 ans, note-t-elle. Sur certains points, on se fait dire qu’on est en retard et qu’à cause de ça, les gens sont moins en sécurité. » C’est le cas des normes sismiques, par exemple. Elles s’harmoniseront désormais avec celles qui prévalent dans l’ensemble du pays.
Que faire de l’existant ?
Le nouveau Code national du bâtiment inquiète aussi François Buteau, directeur Gestion immobilière et exploitation à la Ville de Montréal. Alors que la métropole est aux prises avec une crise du logement, « j’ai dans mon portefeuille des espaces vacants inutilisables parce que les normes évoluent et qu’on n’est pas capables de les respecter », dit-il.
Héritage Montréal va plus loin. « L’essentiel du cadre bâti et aménagé de demain existe déjà », souligne l’organisme dans un rapport publié en mai dernier. Mais ces bâtiments qui ne répondent plus aux exigences d’aujourd’hui pourront-ils être requalifiés ? Dans un contexte d’urgence climatique, où la construction la moins polluante est celle qui est déjà debout, il faudra peut-être réviser les réglementations en place, estime Héritage Montréal.

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Accessible, mais à quel prix ?
D’ici 2030, près du tiers de la population du Québec sera en situation de handicap, selon l’Office des personnes handicapées du Québec (OPHQ), en raison du vieillissement de la population. Le besoin d’habitations adaptées est donc bien réel. Or, rendre un logement accessible coûte cher : à Montréal, 4600 $ de plus pour un condo neuf ou 36 115 $ de plus pour un condo existant, selon la Société canadienne d’hypothèques et de logement. Pour l’OPHQ, les mesures d’accessibilité doivent donc être prévues dès le départ.
Silvia Garcia souligne qu’un logement non accessible peut hâter le recours à l’hébergement spécialisé pour les personnes en perte d’autonomie, ce qui coûte beaucoup plus cher à la société que le maintien à domicile. « On ne peut pas seulement penser à aujourd’hui, il faut penser à tout le cycle de vie du bâtiment », dit-elle.
Patrick Vallerand, président de Strategia Conseil et président sortant de l’Association des estimateurs et des économistes de la construction du Québec, croit lui aussi qu’il faut penser les budgets en fonction du cycle de vie complet du bâtiment. Pour une question d’accessibilité, oui, mais aussi pour une question de coûts de maintien des infrastructures. « Quand on inclut le coût d’exploitation et de maintien de l’actif dans le budget, on réalise que celui-ci est facilement aussi élevé que celui de la construction, voire le double », explique l’économiste.
Selon lui, pour normaliser des budgets permettant de penser le bâtiment dans sa perspective globale, il faudra que les donneurs d’ouvrage les exigent dans leurs commandes. « Plus de 90 % des architectes considèrent qu’on ferait des bâtiments de meilleure qualité si on intégrait l’analyse du cycle de vie », conclut l’économiste, citant un sondage mené par l’OAQ en avril 2026. « On pourrait justifier une meilleure isolation thermique, une meilleure qualité. Le coût global pour la société en serait réduit. »
Apprendre de ses erreurs
Anne-Marie Blais, architecte associée au Groupe A / Annexe U, déplore pour sa part l’absence de transfert de connaissances d’un projet à l’autre, sauf si les mêmes intervenantes et intervenants y travaillent. « Il est bien rare que les architectes aillent même simplement visiter leur bâtiment une fois construit », dit-elle. Comment s’assurer, alors, de ne pas répéter certaines erreurs ?
Les études postoccupationnelles (EPO) pourraient offrir une solution à ce problème. Ces analyses, menées une fois que le bâtiment est occupé, permettent de déterminer si celui-ci correspond aux besoins et à la commande. Les EPO, pourtant courantes ailleurs au Canada et dans le monde, sont encore rares au Québec.
Changement de paradigme
Mettre en pratique les solutions proposées et relever les défis soulevés par les intervenants et intervenantes du Forum demandera un changement de mentalité important, estime Michel Beaudoin, pdg de la Régie du bâtiment du Québec. L’essentiel, selon lui, sera de briser les silos. « On doit adopter une nouvelle posture de collaboration, faire évoluer le savoir-être », énumère-t-il.
Le travail d’équipe est aussi au cœur de la vision de la Société québécoise des infrastructures (SQI). « La collaboration demande une approche différente, même comme donneur d’ouvrage », admet son vice-président à la gestion de projets ministères et organismes, Éric Gagnon. Une chose est sûre : il faudra que tout le monde se prête au jeu.
Les bonnes pratiques : un nouveau guide
Le Bureau de la valorisation de l’architecture du ministère de la Culture et des Communications du Québec (MCC) a profité du Forum pour lancer le Guide de bonnes pratiques pour une architecture humaine, durable et créative. Destiné aux donneurs d’ouvrage et aux architectes et élaboré par le MCC dans la foulée de la Politique nationale de l’architecture et de l’aménagement du territoire, le document approfondit les 11 principes directeurs de la qualité architecturale.
Parmi les objectifs du Guide : aider les acteurs et actrices de l’industrie à bien orienter leurs projets dès le départ. On s’y attarde entre autres sur les six conditions favorisant une architecture de qualité, soit une bonne définition des besoins, un échéancier suffisant, un budget en phase avec les ambitions de qualité, des processus efficaces, la constitution de la meilleure équipe et une évaluation post-occupation.
