Les dépassements de coûts dans les projets de construction sont fréquents. Quand cela survient, l’architecte a tout avantage à faire partie de la solution et non du problème. C’est préférable pour sa réputation ‒ et celle de toute la profession.
L’article 16 du Code de déontologie met la table : « L’architecte ne doit pas laisser croire au client que le budget dont ce dernier dispose est suffisant pour les travaux projetés sans en être lui-même raisonnablement certain. » Concrètement, il s’agit d’une obligation de moyens : il faut pouvoir démontrer qu’on a fait les démarches nécessaires pour avoir une assez bonne idée du prix de ce qu’on dessine. Toutefois, à moins d’avoir signé un contrat qui le stipule, l’architecte n’a pas l’obligation de faire une estimation en bonne et due forme. Voilà pour le cadre.
Cela dit, le client a tout intérêt à ce que les professionnels et professionnelles dont il retient les services poussent l’exercice aussi loin que possible – moyennant les honoraires en conséquence bien sûr. Pour éviter les mauvaises surprises, l’idéal serait donc de fournir une estimation à chaque remise officielle : à l’esquisse du projet, au préliminaire et au cours de l’avancement du projet définitif.
Il est vrai que nous n’apprenons pas cela dans les écoles d’architecture – ou si peu. Mais beaucoup d’entre nous ont compris l’importance de la dimension économique au cours de leur carrière et ont malgré tout réussi à bien la maîtriser. Pour les autres, il n’est jamais trop tard pour se perfectionner… ou bien s’entourer.
Maîtriser les coûts, qu’ils soient subis ou créés
Comme on le lit dans le dossier apparaissant en couverture, il peut s’en passer des choses durant les mois ou même les années qui séparent le début de la fin d’un projet. Le prix des matériaux peut augmenter, de nouvelles conventions collectives peuvent faire grimper les coûts de main-d’œuvre, l’évolution de la réglementation peut exiger des modifications au projet… Ce sont là des coûts subis, qui n’ont rien à voir avec le projet ou la compétence de ses parties prenantes.
Or, on peut parfois les voir venir à temps et corriger le tir. Réviser son estimation de manière périodique permet d’informer son client lorsque nécessaire. On a alors la possibilité de réagir ensemble, par exemple en modifiant des matériaux, en simplifiant certains gestes ou en réduisant carrément la superficie du projet.
On ne contrôle pas les coûts subis. Par contre, les architectes contrôlent les coûts excédentaires créés par leurs propositions. On y trouve parfois les artifices, les ratios net/brut démesurés, les matériaux fastueux, les détails déraisonnablement complexes ou imposant des aller-retour de sous-traitants en chantier, les ajouts au programme qui ne répondent pas aux besoins exprimés, les « tant qu’à »… Il est important de se rappeler que le rapport qualité-prix existe aussi en architecture.
Bien utiliser les ressources
La qualité architecturale intègre la notion de rigueur budgétaire. Ainsi, l’optimisation de l’espace, qui est l’apanage des architectes, permet de contrôler à la fois les coûts de construction et ceux d’exploitation à long terme. Rapprocher une fonction d’une autre qui lui est liée réduit non seulement la superficie des corridors, et donc le ratio net-brut, mais aussi le temps de déplacement, et donc les coûts de ressources humaines. La performance spatiale qui en résulte est une excellente façon de démontrer la valeur ajoutée des services d’architecture sans pour autant dénaturer un concept stimulant.
Si l’ensemble de la profession se montre soucieuse des contraintes économiques en continuant de promouvoir l’excellence, son expertise n’en sera que plus recherchée et par conséquent rentable, pour les uns comme pour les autres.