Esquisses, vol. 28, no 4, hiver 2017-2018

Maison ERE 132Démonstration en direct

Suivant l’adhésion de l’OAQ au Défi 2030, Esquisses présente dans chaque numéro un projet qui fait écho aux objectifs de cette initiative internationale. Rappelons que le Défi 2030 vise à éliminer, d’ici à 2030, les émissions de gaz à effet de serre dans les nouvelles constructions et les rénovations de bâtiments. Il comprend également un volet aménagement qui prend en compte le transport.

architecture2030.org/2030_challenges/  


 

 

Maison ERE 132, Grand-Métis
Architectes Goulet et Lebel, Groupe Architecture MB, Contact Innovation,
Tetra Tech et Hélène Tremblay Groupe Design
Photo : Marie-Hélène Nollet

Depuis 2015, la maison ERE 132 montre le potentiel de l’écoconstruction dans le Bas-Saint-Laurent. Visite guidée.

Jean-François Venne

Située dans les Jardins de Métis, à Grand-Métis dans le Bas-Saint-Laurent, la maison ERE 132 est un véritable concentré de vertus écologiques. Certifiée LEED platine et respectant les critères de Novoclimat 2.0, elle est lauréate du prix Cecobois 2017 dans la catégorie Développement durable. Ses matériaux, produits dans un rayon de 800 km, sont en grande partie recyclés ou récupérés, ne contiennent pas d’urée-formaldéhyde, émettent peu de COV et incluent du bois FSC.

Sous des airs de maison unifamiliale, le bâtiment de deux étages, sans sous-sol et d’une superficie totale de 173 m2, sert avant tout de centre d’interprétation de l’écoconstruction. « Nous souhaitions réaliser un bâtiment contemporain, sans trop nous éloigner de l’archétype de la maison régionale, mais en incorporant des techniques d’écoconstruction pour en faire une maison très performante énergétiquement », explique l’architecte Marie-Hélène Nollet, du cabinet Goulet et Lebel, qui a conçu le bâtiment en collaboration avec Groupe Architecture MB, Contact Innovation, Tetra Tech et Hélène Tremblay Groupe Design.

Approches innovantes

Mais comment y arriver ? Les concepteurs du projet ont notamment misé sur le solaire passif. La façade la plus longue est orientée vers le sud, tout comme 72 % de la surface fenestrée. Les murs préfabriqués à ossature double sont isolés à la cellulose injectée à haute densité. Le tout confère au bâtiment des besoins en chauffage de 45 kWh/m2, soit 61 % de moins que la recommandation de performance énergétique du Code de construction du Québec.

Éléments cruciaux, les fenêtres représentaient tout un défi. Celles-ci provenaient de trois fournisseurs différents qui utilisaient différentes variétés de verre à faible émissivité (LOW-E), un verre bonifié d’une couche métallique invisible qui laisse entrer la lumière, mais réduit la sortie de la chaleur. Il a donc fallu assurer une coordination efficace entre les fournisseurs pour faire en sorte que toutes les fenêtres livrées au chantier répondent aux exigences du devis.

Quelques leçons

Comme il s’agit d’un bâtiment expérimental, des capteurs y ont été installés dans diverses parties afin de recueillir des données en temps réel sur le refroidissement nocturne, le réchauffement solaire passif, la performance de l’enveloppe, le confort ou encore la consommation énergétique. Cette partie du projet, plus complexe que prévu à réaliser, n’a toutefois pas donné les résultats escomptés. Au bout du compte, la plupart des capteurs se trouvent à des endroits inaccessibles. « Certains ne fonctionnent pas, et on ne peut plus les atteindre pour les remplacer ou les réparer », explique Isabelle Vézina, enseignante en technologie de la mécanique du bâtiment au Cégep de Rimouski. Son département, tout comme ceux de technologie de l’électronique et de technologie de l’architecture, s’était joint au projet pour élaborer et mettre en œuvre le monitorage de la maison ERE 132. 

Il demeure néanmoins possible de suivre la consommation énergétique. La cueillette de données a aussi permis un constat intéressant sur l’impact du plancher à chauffage rayonnant. « La diffusion de la chaleur est décalée dans le temps, or la maison est tellement performante et tellement étanche, qu’il faut baisser la température bien à l’avance pour éviter qu’il n’y fasse trop chaud plus tard, explique l’enseignante. C’est difficile à gérer pour assurer une température confortable la nuit, à tel point que j’ai maintenant des réticences quant à l’utilisation d’un plancher rayonnant dans ce type de bâtiment. »

Une vitrine pour l’écoconstruction

Maison ERE 132, Grand-Métis
Architectes Goulet et Lebel, Groupe Architecture MB, Contact Innovation,
Tetra Tech et Hélène Tremblay Groupe Design
Photo : Marie-Hélène Nollet

ERE 132 sert surtout de vitrine. Les visiteurs y explorent un réel exemple d’écoconstruction et peuvent poser des questions à des guides embauchés pour l’occasion. La fréquentation a atteint 15 000 visiteurs la première année, et 17 300 en 2016. Elle s’élevait à 18 300 personnes trois semaines avant la fin de la saison touristique de 2017. « Pour nous, c’est une retombée positive importante, mais la maison en présente plusieurs autres », soutient Alexander Reford, directeur des Jardins de Métis.

Le bâtiment attire de nouvelles activités aux Jardins en accueillant des conférences, des activités de formation ou des ateliers sur le développement durable et l’écoconstruction. En septembre 2017, l’École d’architecture de l’Université Laval y a tenu une session intensive de formation. Le même mois, l’ex-vice-première ministre Lise Thériault s’y est aussi arrêtée.

« Le résultat démontre qu’il est possible de faire des maisons abordables en écoconstruction », note Marie-Hélène Nollet. Le bâtiment seul (sans inclure les infrastructures de raccordement au bâtiment d’accueil des Jardins) est évalué à environ 400 000 $.

« Ç’a été une belle occasion d’apprentissage pour notre cabinet, pour moi en tant qu’architecte et pour le Cégep de Rimouski, conclut-elle. Les fournisseurs et les manufacturiers ont pu innover et bénéficient d’une belle visibilité, leurs contributions étant clairement affichées dans la maison. » 

 



Consommation d’énergie estimée

Totale : 15 614 kWh

Besoin en chauffage : 45 kWh/m2 (61 % de moins que la recommandation du Code de construction du Québec)

Besoin en énergie : 90 kWh/m(63 % de moins que la moyenne québécoise)

Source : Évaluation HERS par Benjamin Zizi, HERS rater, Écohabition