Esquisses, vol. 28, no 4, hiver 2017-2018

Expérience de l’architecteLe bon calcul

Dans leur promotion et leurs offres de services, les architectes doivent déclarer un nombre d’années d’expérience conforme aux règles pour éviter la faute déontologique. 

Pierre Collette et Christina Dorion-Racine* 

La manière de comptabiliser le nombre d’années d’expérience est à géométrie variable parmi les membres de la profession. Il suffit de jeter un coup d’œil aux profils LinkedIn et aux curriculum vitæ des architectes pour le constater. De plus, les termes junior, intermédiaire et senior ne semblent pas être interprétés de la même manière par tous.

Il est important de rappeler que les architectes doivent suivre des règles précises quand vient le temps de quantifier leur expérience. Y déroger constitue une faute en vertu des articles 15 et 68 du Code de déontologie et de l’article 60.2 du Code des professions concernant la représentation fausse, trompeuse ou incomplète de son expérience.

Dès l’inscription au tableau

La décision 03-15-0158 du conseil de discipline statue que l’expérience de l’architecte est comptabilisée à partir du moment de son inscription au tableau de l’Ordre. À tort, cependant, certains architectes prennent en compte leurs années de stage. Or, même s’ils étaient inscrits au registre des stagiaires de l’Ordre durant cette période, ils ne sont devenus architectes qu’au moment de leur inscription au tableau.

Le conseil de discipline est également strict quant aux années d’interruption de pratique. Ainsi, en cas de radiation ou de retrait du tableau, l’architecte réinscrit ne peut quantifier son expérience en incluant les années durant lesquelles il n’a pas porté le titre.

Par exemple, un architecte peut affirmer qu’il cumule 20 ans d’expérience dans « le domaine de l’architecture », mais si la durée de son inscription au tableau totalise 10 ans, il doit dire qu’il compte 10 ans d’expérience comme architecte. Dans ce cas précis, prétendre être architecte depuis 20 ans ou compter 20 ans d’expérience comme architecte est non conforme.

Junior, intermédiaire, senior, etc.

Il est d’usage, au sein de la profession, de catégoriser l’expérience des architectes en fonction des termes suivants :

Junior : de 0 à 4 ans
Intermédiaire : de 5 à 9 ans
Senior : de 10 à 14 ans
Senior principal : 15 ans et plus

Ces termes sont d’ailleurs employés de cette manière à l’annexe II du Tarif d’honoraires pour services professionnels fournis au gouvernement par des architectes (le tarif) et à l’annexe 7 du Contrat entre le client et l’architecte de l’Association des architectes en pratique privée du Québec (le contrat type). 

Précisons toutefois que le tarif et le contrat type, qui donnent des balises pour établir les honoraires, englobent la durée du stage (un maximum de trois années) dans le calcul de l’expérience. Cette façon de faire peut paraître en contradiction avec la décision du conseil de discipline évoquée ci-dessus.

Pour faire la part des choses, il faut se rappeler que la possibilité d’ajouter à l’expérience trois années pour le stage n’est valide qu’à des fins de calcul d’honoraires, lorsque les balises du tarif ou du contrat type sont appliquées. On ne peut pas en tenir compte dans d’autres contextes, notamment dans les offres de services ou les curriculum vitæ. 

À titre d’exemple, le membre cumulant sept ans d’expérience dans « le domaine de l’architecture », mais inscrit au tableau depuis quatre ans pourra être considéré comme intermédiaire à des fins de calcul des honoraires, mais comme junior du point de vue de son expérience comme architecte.

Cela étant dit, les termes junior, intermédiaire, senior et senior principal ne figurent dans aucun règlement. Le titre d’architecte suffit, à lui seul, pour désigner un professionnel apte à pratiquer l’architecture. 

Il reste que l’architecte doit les utiliser avec sagesse, en gardant à l’esprit ses obligations déontologiques. Il s’agit, en somme, de ne pas induire le public en erreur.

*Pierre Collette est syndic à l’OAQ et Christina Dorion-Racine est coordonnatrice de l’inspection professionnelle.