Esquisses, vol. 30, no 1, printemps 2019

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Nouvelle promenade de Percé, aménagement : Tetra Tech | AECOM
Photo : Dany Coulombe – Ville de Percé

Pour les autorités publiques comme pour les professionnels, il n’est pas toujours évident d’accéder aux connaissances scientifiques sur les changements climatiques et d’en tirer des pistes d’action. Des chercheurs québécois proposent des outils pour y remédier.

par Guillaume Roy

«Il n’y a pas plus de tempêtes et elles ne sont pas plus fortes que dans les années 1950 ou 1960, mais les côtes sont devenues plus vulnérables avec la disparition de la glace et la hausse du niveau de la mer», souligne Christian Fraser, professionnel de recherche au Laboratoire de dynamique et de gestion intégrée des zones côtières de l’Université du Québec à Rimouski (UQAR). Résultat: «Le phénomène d’érosion s’est amplifié.»

Grâce à un projet sur la résilience côtière, l’UQAR a créé des liens avec 130 municipalités dans 24 MRC. «Par exemple, nous avons établi une carte présentant les secteurs les plus à risques au cours des prochaines décennies», note Christian Fraser, qui estime que cet outil aidera les municipalités à faire des choix pour s’adapter à l’érosion. Le gouvernement du Québec s’en sert déjà depuis quelques années pour imposer une zone de restriction à la construction sur le littoral, qui se précise à mesure que les données sont recueillies par l’UQAR.

Zoom sur les évènements extrêmes

Alors que les projections climatiques sont de plus en plus précises, il reste encore beaucoup de travail à faire pour comprendre comment la hausse des températures influencera les évènements météorologiques extrêmes.

Les épisodes de verglas ou de vent intense «sont très difficiles à anticiper, car ce sont des évènements variables très complexes et souvent très localisés», reconnaît Nathalie Bleau, coordonnatrice du programme de recherche sur l’environnement bâti à Ouranos. «On commence à mettre au point des modèles pour prédire ces évènements, mais ils ne sont pas encore assez robustes d’un point de vue scientifique.»

N’empêche, il existe de plus en plus d’outils pour adapter les bâtiments aux aléas naturels, comme le protocole d’analyse de vulnérabilité des infrastructures, conçu par Ingénieurs Canada, qui mise sur les ateliers multidisciplinaires. Par ailleurs, un projet de recherche d’Ouranos se penche sur la pertinence de regrouper plusieurs petites municipalités dans leurs efforts d’adaptation aux changements climatiques.

Des fiches pour les architectes

Que ce soit pour lutter contre l’érosion en Gaspésie ou contre les îlots de chaleur à Montréal, la collaboration entre les scientifiques, les professionnels et le milieu est essentielle, selon Catherine Dubois, professionnelle de recherche au Centre de recherche en aménagement et développement de l’Université Laval. La question l’intéresse à un point tel qu’elle a récemment réalisé un projet postdoctoral à l’Université de Toronto sur l’écart de savoir entre le milieu scientifique et les architectes.

Pour combler cet écart, elle a décidé de présenter des concepts de résilience climatique sous forme de fiches pour architectes. «J’ai rassemblé 72 solutions dans 11 concepts pour les présenter de manière plus ludique», dit-elle.

Par exemple, le concept Génération d’énergie préconise la production d’énergie à l’échelle du quartier pour en assurer l’autosuffisance lorsqu’un évènement extrême survient. Le concept Parasol vise pour sa part à maximiser l’effet d’ombrage pour lutter contre les îlots de chaleur. Un autre concept consiste à rendre le chemin de l’eau le plus long possible pour limiter les risques d’inondation.

«Ces fiches permettent d’aborder l’adaptation aux changements climatiques de manière non contraignante et d’attaquer un problème en laissant beaucoup d’espace à la créativité», estime la chercheuse, qui souhaite rendre ces outils accessibles en français et en anglais sur un site Web au cours des prochains mois.