Esquisses, vol. 27, no 2, été 2016

Bibliothèque municipale de VarennesLa totale

Bibliothèque de Varennes, Labbé – Laroche et Gagné – Leclerc et associés, architectes en consortium. Photo: Maxime Gagné/CGA architectes inc.

 

La consommation énergétique nette zéro requiert l’addition de plusieurs stratégies, comme le montre l’exemple de la bibliothèque municipale de Varennes, premier bâtiment public québécois à atteindre cet objectif.

Rémi Leroux

 

En 2009, une nouvelle équipe municipale accède à la mairie de Varennes. Elle hérite entre autres du projet d’agrandissement de la bibliothèque municipale. Mais ce projet prend un tournant inattendu à la suite d’une rencontre entre le maire Martin Damphousse et Gilles Jean, directeur général de CanmetÉNERGIE. Implanté à Varennes, le principal organisme fédéral pour la recherche et la technologie en matière d’énergie propre fait alors une offre à la municipalité. Plutôt que d’un agrandissement, il est désormais question de construire un bâtiment unique au Québec, capable de produire autant d’énergie qu’il en consomme.

Une équipe élargie est mise à contribution pour réaliser cet établissement hors normes. Outre les experts de CanmetÉNERGIE, le Réseau de recherche sur les bâtiments solaires de l’Université Concordia participe à l’aventure. Le consortium d’architectes Labbé – Laroche et Gagné – Leclerc et associés et les firmes d’ingénierie Stantec (anciennement Dessau) et Martin Roy et Associés sont également retenues. « Tout au long du processus de conception intégrée, les experts ont étudié de nombreuses solutions technologiques, explique Martin Damphousse. Le résultat est une combinaison de stratégies écoénergétiques qui permet au bâtiment d’être autosuffisant. » 

 

 

Le soleil, architecte du projet

Bibliothèque de Varennes, Labbé – Laroche et Gagné – Leclerc et associés, architectes en consortium. Photo: Maxime Gagné/CGA architectes inc.

Premier obstacle à surmonter : réduire au minimum la demande énergétique du bâtiment. Pour cela, l’orientation sud-ouest joue un rôle central, car elle permet d’optimiser l’énergie solaire passive, explique l’architecte Maxime Gagné, concepteur principal.

« Nous avons vraiment mis l’accent sur une enveloppe hyper performante », ajoute-t-il, en énumérant les différentes composantes : un bon positionnement des ouvertures (70 % de la fenestration est orientée sud-ouest), une masse thermique dans le plancher, l’occultation des gains solaires en été, une pénétration maximale de la lumière naturelle par des lanterneaux, des volets de fenêtres motorisés avec senseurs, du vitrage triple sur la façade nord, des fenêtres avec peu de ponts thermiques... « Autant de principes assez simples, mais qui fournissent une excellente étanchéité au bâtiment. » Et qui sont d’ailleurs préconisés par le site 2030palette.org, créé par Architecture 2030, l’organisme international qui a lancé le Défi 2030.

Tout en longueur (55 mètres) et peu profond (18,3 mètres), l’édifice bénéficie d’un éclairage naturel maximal (90 % des espaces). « La bibliothèque consomme 78,5 % moins d’énergie qu’un bâtiment identique construit de façon conventionnelle », affirme fièrement Martin Damphousse.

Parallèlement, les concepteurs du projet ont multiplié les prouesses technologiques pour que le bâtiment produise l’électricité et le chauffage dont il a besoin. La toiture supporte 428 panneaux photovoltaïques qui produisent 120 000 kWh par an, soit la consommation annuelle en électricité de 4,6 maisons – une performance optimisée par l’inclinaison du toit à 37 degrés. Le bâtiment est par ailleurs équipé d’un système de géothermie qui comporte 9 puits de 150 mètres de profondeur, capable de chauffer l’équivalent de 43 maisons sur une année.

 

Mur végétal et compromis

Différents dispositifs contribuent au contrôle des écarts thermiques saisonniers, comme l’écran végétal de la façade ouest qui permet d’abaisser la température de l’enveloppe extérieure du bâtiment jusqu’à 20 degrés en été et, ainsi, de réduire les besoins en climatisation. Mais la sobriété énergétique entraîne des compromis. Par exemple, l’établissement n’offre pas de distributeur de boissons réfrigérées, « un équipement qui consomme l’équivalent en électricité de 50 ordinateurs », souligne Martin Damphousse.

L’objectif énergétique était si ambitieux que les concepteurs ont par ailleurs dû faire des concessions sur d’autres aspects du projet pour ne pas dépasser l’enveloppe budgétaire. La structure en bois initialement prévue a ainsi été abandonnée au profit d’une ossature en acier. En revanche, le bâtiment tire avantage de nombreux aménagements durables, tels des bassins de rétention d’eau de ruissellement et des appareils de plomberie à faible débit. Ceux-ci ont pour effet de réduire la consommation annuelle d’eau potable de 40 à 50 % par rapport à des aménagements conventionnels et de prévenir l’émission de 302 tonnes de CO2 (l’équivalent en émissions de gaz à effet de serre de l’électricité consommée par 42 maisons).

Le bâtiment de quelque 2000 mètres carrés sur deux niveaux est en attente de la certification LEED-NC, niveau Or. Ouvert au public en décembre 2014, il a atteint 90 % de ses objectifs d’efficacité énergétique dès l’an 1. « C’était une année de phasage, d’apprentissage des systèmes. Nous devrions avoir confirmation du net zéro à la fin de la deuxième année », prédit le maire. Net et précis.