Esquisses, vol. 29, no 2, été 2018

Maison du développement durableL'heure des bilans

Maison du développement durable, Montréal,
Menkès Shooner Dagenais LeTourneux Architectes
Photo : Stéphane Groleau

En tant que bâtiment démonstratif, la Maison du développement durable a implanté une foule de mini-innovations. Voici les leçons retenues pour trois d’entre elles.

Martine Roux

Inaugurée à l’automne 2011 et premier bâtiment certifié LEED Platine Nouvelle construction au Québec, la Maison du développement durable (MDD) sert de laboratoire en matière de technologies et d’énergies durables.

Pas question pour autant de mener des expérimentations hasardeuses, nuance Normand Roy, chargé de projet en bâtiment durable chez Équiterre et porteur du projet. « À la base, on ne voulait pas d’un vaisseau spatial. Mais clairement, à certains niveaux, on se situe dans l’innovation. »

Esquisses lui a demandé de commenter l’évolution des principales innovations de la MDD. Voici ses constats.

Le mur végétal

Point de mire de l’atrium central, le mur végétal a été le premier du genre installé au Québec. Les usagers l’adorent, dit Normand Roy. « Mais ils ne savent pas ce qu’il y a dessous : des coûts d’entretien que je qualifie de démesurés. »

De 12 à 20 fois par an, il faut monter dans la nacelle pour bichonner ou remplacer les plantes, explique-t-il. En outre, les pompes à eau ou à air ont souvent cessé de fonctionner, au point où des employés devaient se pointer pendant la nuit pour les réactiver manuellement. Enfin, l’évaporation de l’eau issue du mur végétal a endommagé les matériaux qui l’entourent : les garde-corps en bois de l’escalier ainsi que les murs en placoplâtre portent des traces d’humidité, tandis que les poutres d’acier situées à proximité ont rouillé.

Malgré un bilan énergétique positif  le mur végétal a permis de diminuer les coûts d’humidification –, « ces facteurs représentent un stress important, dit Normand Roy. Il faut apprivoiser notre mur, et ça prend du temps ».

La mise en service pour l’enveloppe

Pendant la conception et la réalisation du projet par la firme Menkès Shooner Dagenais LeTourneux, la MDD a confié la mise en service (commissionning) de l’enveloppe à la firme spécialisée Patenaude Trempe, qui a contre-vérifié les plans et effectué une douzaine de visites au chantier. Cette intervention a permis d’obtenir une enveloppe ultraperformante sur le plan énergétique. « Le meilleur investissement » de la MDD, assure Normand Roy.

Le chargé de projet dit toutefois retenir certaines leçons. Premièrement, l’enveloppe s’est révélée tellement performante que les outils de simulation énergétique courants se sont avérés inefficaces. L’équipe a dû créer de nouvelles méthodologies pour contourner ces lacunes. « Le résultat est le propre de l’innovation : quand on est les premiers à faire quelque chose, on est confrontés à l’absence d’outils. »

Deuxièmement, cette performance hors pair complique la vie des propriétaires puisqu’il faut climatiser la MDD 355 jours par année. Résultat : certains équipements de la géothermie s’en trouvent surutilisés et sont sur le point de rendre l’âme. « Si ça continue, il faudra trouver d’autres moyens pour climatiser le bâtiment, ce qui coûtera des centaines de milliers de dollars. »

Dalles de béton avec poudre de verre

La MDD a été le premier édifice privé au monde à couler des dalles de béton intégrant de la poudre de verre  une à l’intérieur et l’autre à l’extérieur –, mises au point par l’ingénieur Arezki Tagnit-Hamou de l’Université de Sherbrooke. Pendant deux ans, on a mesuré leur contraction à l’aide de sondes (débranchées depuis). À l’extérieur, l’idée était aussi de tester la réaction au sel de déglaçage ainsi qu’aux cycles gel-dégel.

Les observations montrent que ce choix de matériau est un succès sur toute la ligne, affirme Normand Roy. Dans les deux cas, les dalles avec poudre de verre sont moins fissurées que leurs voisines faites de béton traditionnel. « Il faudra démontrer leur performance à long terme, mais sur six ans, c’est un bel exemple de technologie verte », dit-il.

À noter: Équiterre a rendu public cet hiver le premier bilan énergétique de la MDD. Un rapport sur sa performance architecturale sera publié en septembre prochain.