Esquisses, vol. 29, no 2, été 2018

Brèves

Brésil — Des architectes dans le bidonville

Bar da Laje, Rio de Janeiro, Oyapock Architectes
Photo : Oyapock Architectes

Il fallait être un peu fou, en 2014, pour ouvrir un resto et une salle de concert tout en haut de Vidigal, un bidonville de Rio, jusque-là surtout connu pour les meurtres, la violence et le trafic de drogue. Mais un homme d’affaires l’a fait, et le succès a été tel qu’il a demandé à Oyapock, un cabinet d’architectes franco-brésilien, de tripler la surface de l’établissement.

La tâche n’a pas été simple. Construit sur le flanc d’une colline abrupte de la favela, le Bar da Laje était coincé entre une ancienne auberge de jeunesse, en contrebas, et une maisonnette en ruines, juste au-dessus. Aujourd’hui, l’ancienne auberge abrite salle à manger et bureaux, et la maison délabrée est devenue une terrasse avec vue sur Rio et la plage d’Ipanema.

Le projet s’est aussi transformé en action sociale.  «Nous avons travaillé avec des ouvriers du Vidigal,  dit l’architecte Adrien Mondine. Nous avons adapté le projet au savoir-faire local et aux matériaux présents sur le site.»

 Et, effet inattendu, les touristes et les habitants des quartiers chics de Rio n’hésitent plus à se rendre dans la favela pour passer du temps au Bar da Laje, depuis la fin des travaux il y a quelques mois. Bien sûr, le bidonville a été «pacifié», pour ne pas dire embourgeoisé, à l’occasion des Jeux olympiques, ce qui l’a rendu un peu plus sûr. Mais à leur manière, l’établissement et les architectes ont trouvé le moyen de redonner aux habitants. (Daniel Chrétien)

 

 

Hong-Kong — Un tuyau pour la vie

Microappartement OPod, James Law Cybertecture
Photo : James Law Cybertecture

À Hong Kong, un architecte a imaginé une solution inusitée pour loger les personnes à faibles revenus : des microappartements aménagés dans des conduits d’aqueduc. Chacun fait environ 10 m2, cuisinette et salle de bain incluses.

L’idée a germé dans la tête de James Law, président de James Law Cybertecture, tandis qu’il visitait un chantier. « J’ai vu de gros cylindres de béton de 2,5 m de diamètre et j’ai pensé que quelqu’un pourrait y vivre pour pas cher », dit-il.

Un premier prototype d’OPod – c’est son nom – est installé au cœur de cette mégapole de 7,3 millions d’habitants, coincée entre la mer et la montagne. L’architecte cherche en ce moment des partenaires pour y mettre en œuvre son projet. Si tout va comme il le souhaite, chaque OPod serait loué l’équivalent de 500 $ CA par mois. À leur départ, les locataires recevraient une remise de 330 $ pour chaque mois de location. Un genre d’épargne forcée, quoi. « Cela les aidera par la suite, s’ils le désirent, à acheter un appartement », dit James Law. À Hong Kong, les condos se vendent jusqu’à 3300 $ le pied carré.

Six OPod, composant un ensemble de trois étages, sont actuellement en construction à Shenzhen, en Chine. L’architecte voudrait les réserver à des étudiants en design. (D. C.)

 

Russie — Entre ciel et terre

Redéveloppement de la Badaevskiy Brewery,
Moscou, Herzog & de Meuron
Illustration : Herzog & de Meuron

Lorsque les autorités de Moscou ont confié au cabinet suisse Herzog & de Meuron la responsabilité de dessiner deux immeubles de condos dans un secteur industriel dévitalisé, elles lui ont aussi imposé une contrainte de taille : pas question de démolir les bâtiments patrimoniaux toujours en place – pour n’en conserver que la façade, par exemple – ni de les soustraire au regard des passants. Les architectes n’avaient guère d’autres choix : ils se sont tournés… vers le ciel. Le projet Badaevskiy Brewery sera donc composé de deux « gratte-ciel horizontaux » couchés sur une forêt de pilotis, à 35 m au-dessus du complexe industriel protégé.

Au total, l’ensemble comptera 100 000 m2 d’appartements, qui offriront tous une vue imprenable sur Moscou. Au sol, les bâtiments patrimoniaux seront restaurés et accueilleront entre autres un marché public, des boutiques, un centre de congrès et une microbrasserie, histoire de rappeler la fonction originale de l’endroit.

Herzog & de Meuron prévoit que la construction commencera en 2019 et durera cinq ans.
(D. C.)

 

Le poids des nombres - Logement multifamilial, une année record

Source : SCHL

 

 

Le nombre d’unités de logement multifamilial livrées au Québec a atteint un nouveau record en 2017, franchissant la barre des 24 000 (ce chiffre englobe tant les logements en copropriété que locatifs, dans les agglomérations de 10 000 habitants et plus). C’est quatre fois plus que le nombre de maisons unifamiliales dont la construction s’est achevée au cours de la même période. La quantité d’unifamiliales construites au Québec chaque année est en baisse quasi constante depuis 2004, alors que le nombre de condos et d’appartements locatifs a littéralement explosé depuis les 20 dernières années. (D. C.)

 

Erratum

Une erreur s’est glissée dans le dossier sur l’architecture commerciale de notre numéro du printemps 2018. Dans l’article « Rôle des architectes  L’occasion d’innover », p. 39, nous avons associé le titre d’architecte au nom de Stéphane Bernier, directeur studio design chez Ædifica. Or, ce dernier n’est pas membre de l’OAQ et tient à préciser qu’il ne s’est aucunement présenté comme tel lors de l’entrevue. Titulaire d’un baccalauréat en architecture, Stéphane Bernier est à l’emploi d’Ædifica depuis la fin de ses études, dans les années 1990. Il travaille surtout en design commercial, sur des projets à l’extérieur du Québec. Nous avons corrigé le texte en ligne et tenons à exprimer nos excuses au principal intéressé et aux lecteurs pour ce malentendu. (La rédaction)