Esquisses, vol. 29, no 2, été 2018

Rénovation des écolesTravaux majeurs

Agrandissement de l’école secondaire Rafael Bordalo Pinheiro, Caldas da Rainha (Portugal),
SousaSantos Arquitectos
Photos : João Morgado

Un groupe de chercheurs de l’Université Laval a mis sur pied le projet Schola, qui vise à créer une plateforme Web d’expertise en architecture scolaire. L’objectif: outiller les architectes appelés à remettre en état les écoles publiques, qui en ont bien besoin.

Sylvie Lemieux 

Le parc scolaire se fait vieux au Québec. En effet, la majorité de ses quelque 3300 écoles ont été construites entre 1948 et 1973 et nécessitent des travaux majeurs. «On a un parc scolaire qui a été construit pour les enfants du baby-boom, explique Carole Després, professeure titulaire à l’École d’architecture de l’Université Laval et directrice scientifique du projet de recherche-action Schola.ca. À l’époque, il n’y avait pas de service de garde, et les cours de sciences, n’étaient pas obligatoires. Puis sont arrivées les maternelles, d’abord à temps partiel, puis à temps plein. Ensuite, il y a eu la politique d’intégration des enfants handicapés, l’arrivée des technologies... Tous ces changements ont modifié la façon d’utiliser nos écoles, mais l’architecture n’a pas suivi.»

Face à l’ampleur des travaux de rénovation à entreprendre, le projet Schola vise à rassembler les connaissances afin d’aider les architectes à adapter les bâtiments aux réalités d’aujourd’hui et à offrir ainsi aux élèves des milieux de vie plus stimulants dans le but ultime de favoriser la réussite scolaire.

La plateforme Schola répond à une commande de la direction responsable des infrastructures au ministère de l’Éducation, qui lui a accordé un financement de 2,54 M$ sur cinq ans. Elle se concentrera d’abord sur les rénovations d’écoles primaires, puis, dans deux ans, portera son attention sur les écoles secondaires. Son mandat est donc bien distinct de celui du Lab-École, qui est mené par Ricardo Larrivée, Pierre Thibault et Pierre Lavoie et dont la mission est d’imaginer l’école de l’avenir pour les projets de nouvelles constructions.

Un consortium de chercheurs

Schola regroupe une dizaine de chercheurs provenant de différents domaines, soit l’architecture, le design et les sciences de l’éducation. Ils étudieront aussi bien les méthodes constructives, les nouveaux besoins en mobilier et l’utilisation des espaces en fonction des méthodes pédagogiques d’aujourd’hui que les meilleures pratiques pour créer des ambiances favorisant le bien-être et le confort des occupants. L’équipe comprend également des spécialistes de l’information et de la conception d’interfaces Web.

Une des premières tâches des chercheurs: évaluer l’état des écoles. À cet effet, 342 établissements ont été choisis au hasard pour constituer un échantillon représentatif. «En collaboration avec les commissions scolaires et leurs services des ressources matérielles, au cours du printemps, nous avons colligé et analysé les caractéristiques typomorphologiques et fonctionnelles de ces bâtiments et étudié leur évolution depuis leur construction», détaille Carole Després.

En parallèle, la direction et l’ensemble du personnel de ces écoles ont été sollicités pour participer à une grande enquête en ligne. Des entrevues ciblées avec des responsables de certains établissements ont aussi été menées, et il y a même eu des séances d’observation des lieux durant les périodes de classe.

L’ensemble des données recueillies permettra d’établir, d’ici l’automne, non seulement un diagnostic des écoles, mais surtout leur potentiel de transformation. Cette étape comportera des phases de modélisation et de simulation.

«L’objectif, c’est de transmettre l’information aux architectes pour qu’ils connaissent un peu mieux le milieu où ils interviennent, précise Carole Després. Durant leur mandat, ils ont rarement le temps et les ressources nécessaires pour mener une telle consultation. On veut pallier ce manque.»

Du contenu devrait graduellement être mis en ligne dans les prochains mois. Outils de diagnostic, guides de planification immobilière, exemples de bonnes pratiques en architecture, la plateforme donnera libre accès à différentes ressources d’aide à la prise de décision. «Les premiers utilisateurs visés sont les firmes d’architectes et les bureaux des ressources matérielles des écoles, explique Carole Després. Il y aura aussi des outils plus simples, destinés aux enseignants et même aux parents, pour leur permettre de mieux comprendre le rôle de l’architecture dans le bien-être des enfants et dans leur succès scolaire.»

 

S’inspirer d’ailleurs

Le projet Schola s’étalera jusqu’en 2022. «On veut se donner le temps de bien faire les choses, soutient Carole Després. On travaille pour les 50 prochaines années. C’est une occasion unique pour les architectes de travailler à améliorer les écoles.»

Les chercheurs ont aussi la chance de pouvoir s’inspirer de ce qui se fait ailleurs. «Plusieurs pays ont connu le baby-boom et ont, comme nous, un parc scolaire vieillissant», explique la chercheuse, qui a récemment passé un mois au Portugal pour y rencontrer les responsables du programme Parque Escolar, lancé en 2007 dans le but de moderniser quelque 340 écoles secondaires publiques du pays. «Ils sont mon inspiration, lance-t-elle. Ils travaillent avec l’ensemble des intervenants pour élaborer de bonnes pratiques et fournir des outils aux architectes.»

Le Portugal, qui, au début des années 2000, était au bas du classement en ce qui a trait à la réussite scolaire des élèves au sein de la Communauté européenne se place aujourd’hui au-dessus de la moyenne. Et Parque Escolar aurait largement contribué à cette amélioration, selon Carole Després. «Le projet a permis de démontrer que le cadre bâti peut influencer le succès scolaire. L’objectif du gouvernement portugais, c’était que tous les enfants aient accès à des bâtiments et des équipements de qualité. Parce que les écoles sont maintenant plus attrayantes, les élèves ont plus le goût d’aller à l’école.»