Esquisses, vol. 29, no 1, printemps 2018

Certification BCZLa chasse au carbone est ouverte

Joyce Center for Partnership & Innovation au Campus Fennell du Mohawk College, Hamilton, Ontario, B+H Architects et MacCallumSather
Illustration : B+B Architects et McCallumSather

Les architectes disposent d’une nouvelle certification dans leur coffre à outils écologique : Bâtiment à carbone zéro, ou BCZ. En ciblant le carbone, elle s’inscrit dans la lutte contre les changements climatiques en soulignant le rôle que les bâtiments et les architectes peuvent y jouer.

Valérie Levée

Les gaz à effet de serre (GES) sont la cible numéro 1 de la lutte contre les changements climatiques. Jusqu’à tout récemment, même si diverses certifications encourageaient l’efficacité énergétique des bâtiments, aucune ne ciblait les émissions de GES avec l’objectif de les réduire à zéro. Cette lacune est maintenant comblée avec la certification BCZ, entrée en vigueur le 1er décembre 2017.

BCZ est née d’une réflexion menée par le Conseil du bâtiment durable du Canada (CBDCa) de concert avec une cinquantaine de personnes du milieu du bâtiment de partout au Canada. « On a regardé les certifications internationales existantes, les forces et faiblesses de chacune, pour en tirer des leçons, retenir les meilleures pratiques et s’assurer qu’on ne réinvente pas la roue », relate Julie-Anne Chayer, présidente du CBDCa. BCZ représente donc un complément des autres certifications.

La quête du bilan nul

La clé de voûte de la certification BCZ est un bilan nul des GES émis par l’énergie d’exploitation du bâtiment. Pour être nul, le bilan doit équilibrer, d’un côté, les émissions produites par les combustibles fossiles, la biomasse et l’énergie thermique ou électrique achetée à un réseau de distribution et, de l’autre, les émissions évitées par l’utilisation d’énergie renouvelable produite sur place ou achetée. La norme demande donc de calculer explicitement les émissions de CO2 en fonction des approvisionnements énergétiques selon des facteurs d’équivalence qui convertissent l’énergie en kilogrammes de CO2. Avec un facteur de conversion de 0,47 pour l’hydro-électricité québécoise, contre 11,72 pour l’électricité ontarienne, voire de 257,91 pour celle de l’Alberta, les concepteurs de bâtiments situés au Québec devraient être avantagés.

Avant de résoudre l’équation, les concepteurs doivent remplir deux conditions préliminaires. La première est de réduire la demande énergétique du bâtiment en optimisant l’enveloppe et les gains ou pertes passives de chaleur et de ventilation. En fonction de la zone climatique, les bâtiments doivent donc avant tout atteindre une cible d’intensité de la demande en énergie thermique (IDET). Le Québec, situé dans les zones 6 et 7, comprend des cibles de 34 et de 36 kWh/m2/année. La deuxième condition est que le bâtiment produise 5 % de l’énergie qu’il consomme, sous forme d’énergie renouvelable, comme la géothermie, l’énergie solaire photovoltaïque ou les granules de bois, par exemple.

La quête du carbone caché

Pour aller plus loin que le bilan, la norme demande de calculer l’intensité énergétique (énergie annuelle consommée par m2), la demande électrique de pointe (soit la plus élevée) de l’année et le carbone intrinsèque émis par la fabrication des matériaux et la construction du bâtiment. « Connaître le carbone intrinsèque permet de mieux choisir les matériaux lors de la conception », commente Julie-Anne Chayer. Pour cette première version de la certification, aucune cible n’est exigée pour ces trois éléments. L’exercice est cependant obligatoire et vise à initier les concepteurs à ces calculs et à les sensibiliser à leur importance.

C’est le CBDCa qui évaluera si le dossier répond aux exigences de BCZ et qui accordera la certification : BCZ-Design pour les nouvelles constructions ou BCZ-Performance pour les bâtiments existants qui ont démontré leur performance sur une période d’un an.

Projets pilotes

Depuis janvier 2017, 16 projets de construction et de rénovation font partie d’un projet pilote de la norme BCZ dans sa première version. Il s’agit de bâtiments résidentiels, commerciaux et institutionnels répartis d’un bout à l’autre du Canada. Au Québec, c’est l’école primaire Curé-Paquin, à Saint-Eustache, qui ouvre la voie et qui montre que l’hydroélectricité est un atout pour répondre aux exigences de la certi-fication. Ce bâtiment de 2800 m2 devrait consommer à peine 27 kWh/m2/année, bien en dessous de la cible IDET. Il est aussi estimé que l’approvisionnement du bâtiment en hydroélectricité émettra 590 KgCO2/an alors que son équivalent au Nouveau-Brunswick ou en Alberta émettrait respectivement 71 800 et 210 000 KgCO2/an. Pour compenser ses émissions, l’école comptera, entre autres, sur 36 puits de géothermie et 295 m2 de panneaux photovoltaïques. Pour leur confort, les futurs occupants bénéficieront d’un plancher chauffant, d’un éclairage naturel et d’une ventilation passive optimisée.

L’analyse des 16 projets permettra d’améliorer la norme en vue d’une deuxième version.
Mais déjà, les inscriptions sont ouvertes pour la première mouture. La chasse au carbone peut commencer !



Carboneutralité à McGill

En décembre dernier, l’Université McGill dévoilait son Plan d’action pour le climat et la durabilité (2017-2020), qui doit mener à la carboneutralité d’ici 2040. Comme les bâtiments émettent les deux tiers des émissions de GES de l’Université, la carboneutralité de l’établissement passe nécessairement par eux. Étant donné leur ancienneté, voire leur valeur patrimoniale, le défi est de taille. Aussi, sans viser strictement la certification BCZ, l’Université dit toutefois s’en inspirer.

Robert Couvrette, l’adjoint vice-principal de la Gestion des installations et services auxiliaires, décrit les trois étapes à suivre pour rendre le parc bâti carboneutre. La première, déjà commencée, concerne la fenestration et l’élimination des infiltrations ainsi que le remplacement graduel des équipements électromécaniques par des appareils énergétiquement plus efficaces. La deuxième étape est l’installation de boucles thermiques entre les bâtiments pour optimiser les échanges de chaleur et de fraîcheur. Une fois ces deux étapes terminées, la troisième consistera à convertir le réseau de chauffage à la vapeur d’eau par un réseau à l’eau chaude et à remplacer le chauffage au gaz naturel par un système à l’électricité.

Comme les transports représentent la deuxième source d’émission de GES de l’Université, le Plan d’action prévoit aussi d’encourager les vidéoconférences et de construire le plus grand stationnement à vélos intérieur en Amérique du Nord.

 

 

Suivant l’adhésion de l’OAQ au Défi 2030, Esquisses présente dans chaque numéro un projet qui fait écho aux objectifs de cette initiative internationale. Rappelons que le Défi 2030 vise à éliminer, d’ici à 2030, les émissions de gaz à effet de serre dans les nouvelles constructions et les rénovations de bâtiments. Il comprend également un volet aménagement qui prend en compte le transport.

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