Esquisses, vol. 29, no 1, printemps 2018

Nouvelle chaire en architecturePensée globale

Pavillon de la Faculté de l'aménagement de l'Université de Montréal, rénovation : Saucier + Perrotte et Menkès Shooner Dagenais, architectes; aménagement paysager : Deshaies, Raymond / Blondin
Photo : Université de Montréal

En novembre dernier, l’Université de Montréal inaugurait la Chaire Fayolle-Magil Construction en architecture, bâtiment et durabilité. Sa mission : bâtir des ponts transdisciplinaires pour construire une ville résiliente, respectueuse de l’environnement et de ses habitants.

Valérie Levée

Concilier ville, habitants et nature, voilà la raison d’être de la nouvelle Chaire Fayolle-Magil Construction en architecture, créée à l’École d’architecture de l’Université de Montréal. Elle propose d’ausculter les projets d’architecture, les méthodes et les outils de construction sous la loupe de la performance, des processus et de l’éthique. Bâtiments, villes, résilience, usagers, personnes vulnérables et environnement sont quelques-uns de ses champs d’intérêt.

Pour des méthodes et des processus performants

Prenons l’exemple d’une méthode de collaboration comme la conception intégrée, souvent vantée, mais peut-être pas toujours performante. « Ça fonctionne bien sur le papier, mais est-ce que les bénéfices se matérialisent dans la pratique ? » demande Gonzalo Lizarralde, titulaire de la chaire et professeur à l’École d’architecture. Le résultat n’est pas toujours proportionnel au temps et aux ressources investis, et des tensions surgissent au sein des charrettes de discussion multidisciplinaires, avance-t-il. « Un acteur payé à l’heure sera plus incité à participer qu’un acteur payé au forfait. Le mode contractuel peut avoir un impact sur la performance des outils collaboratifs. »La Chaire entend donc déterminer les conditions gagnantes de cette méthode collaborative.

De même, la modélisation des données de bâtiment (MDB) rencontre une résistance qui compromet sa performance. La Chaire tentera de comprendre quelles barrières empêchent certaines firmes d’architecture d’intégrer la MDB. Un exercice semblable pourra être mené en ce qui concerne la préfabrication de composants de bâtiment et les fournisseurs.

Bâtir la ville résiliente

La Chaire s’intéressera également à la performance du bâtiment. « Pas seulement la mécanique, mais aussi la performance du bâtiment dans son dialogue avec l’humain », précise Gonzalo Lizarralde, en faisant référence au confort et au bien-être des usagers. La Chaire poussera la réflexion en considérant la performance du bâtiment dans son quartier sous l’angle de la résilience. « Résilient est un raccourci pour parler d’un cadre bâti en harmonie avec l’environnement et la société, indique le professeur. Car même performant, un bâtiment situé au mauvais endroit dans la ville entraînera des effets néfastes sur l’environnement. Et même s’il est bien situé, il peut induire des effets indésirables sur le tissu social. » C’est là que responsabilités environnementale et sociétale se rejoignent et que l’éthique entre en jeu.

Gonzalo Lizarralde donne l’exemple de la rénovation, qui amène son lot d’enjeux éthiques, notamment l’embourgeoisement, qui oblige les personnes vulnérables à quitter un quartier. En banlieue, la dépendance à l’auto soulève aussi des questions de cet ordre. Pour la population vieillissante qui perd l’usage de la voiture, ce mode de vie devient synonyme d’exclusion. À cela s’ajoutent les impacts environnementaux du modèle banlieusard. « Est-ce que c’est la nouvelle génération qui va payer pour les erreurs du passé ? Ce n’est pas juste ! Quelle réponse l’architecte doit-il apporter à ces défis ? » demande-t-il. Solutions techniques et réflexion éthique sont appelées à se croiser dans les travaux de la Chaire.

Un réseau transdisciplinaire

Une mission aussi large demandera de tisser des liens entre le génie, l’architecture et l’urbanisme. Gonzalo Lizarralde peut compter sur ses collègues de la Faculté de l’aménagement. Il collabore aussi déjà avec les ingénieurs de Polytechnique Montréal et de l’École de technologie supérieure. À titre de directeur de l’Observatoire universitaire de la vulnérabilité, de la résilience et de la reconstruction durable, il dispose d’un réseau qui s’étend jusque dans les Caraïbes et en Amérique latine.

La mission de la Chaire suppose aussi un transfert de connaissances entre l’université et l’industrie. « Le donateur Fayolle est une entreprise en construction. Il ne nous donne pas seulement l’argent, mais aussi l’accès à un réseau d’entreprises », explique Gonzalo Lizarralde.

Le don de 2 M$ et les intérêts qu’il générera devraient assurer la pérennité de la Chaire. Les problématiques environnementales et sociétales peuvent évoluer, les spécialistes seront là pour les examiner.