Esquisses, vol. 26, no 3, automne 2015

La Grande-HerminePremière de classe

École primaire de la Grande-Hermine, Québec, Consortium ABCP + Bisson architectes. Photo : Stéphane Groleau


Inaugurée en 2008, la Grande-Hermine est la seule école primaire certifiée LEED au Québec. Lauréat d’un prix d’excellence de l’OAQ et apprécié des usagers, cet établissement est le fruit d’un supplément de conviction de la part de ses concepteurs.

Hélène Lefranc

 

Le défi était de taille : démolir une école désaffectée et en construire une nouvelle dans des délais serrés, en milieu urbain, où toute intervention demande du doigté. Rien pour décourager les firmes ABCP et Bisson et associés, déjà fournisseurs de la Commission scolaire de la Capitale, qui se sont alliés pour décrocher le mandat de cette école de Limoilou.

Afin d’obtenir rapidement le permis de démolition, les architectes ont dû produire le concept en quatre mois, bien que le programme fonctionnel et technique, peu approfondi, ne proposait pas de vision, explique Jonathan Bisson. « Et il fallait se creuser un peu la tête en ce qui a trait à l’implantation, à l’intégration au milieu, et à la prise en compte du programme éducatif “vert” proposé par l’école [NDLR : Celle-ci fait partie du réseau Brundtland, qui regroupe des établissements désireux de contribuer à un monde écologique, pacifique, solidaire et démocratique].»

L’architecte se souvient de l’organisation particulière mise en place pour avancer rapidement, puisque professionnels comme entrepreneurs s’exposaient à des pénalités s’ils ne respectaient pas l’échéance : les rôles ont été répartis entre deux équipes d’architectes qui travaillaient en parallèle, alors qu’un chargé de projet supervisait le tout. En cours de route, une ressource a même été déléguée à temps plein auprès de la commission scolaire pour l’aider à gérer son temps de réponse et assurer le suivi. « On a fait des miracles, y compris au point de vue logistique. Bien sûr, il n’était pas question qu’on tourne les coins ronds ou qu’on bâcle la surveillance de chantier. Mais de telles exigences de délais, de la part d’un donneur d’ouvrage public, ce n’est jamais une bonne idée, car on prend le risque d’une moindre qualité. »

Le souci de bien faire les choses a tout de même marqué le projet dès le début. En plus de sonder la direction et la commission scolaire sur leurs besoins, les architectes sont allés vers les professeurs. Ils ont aussi demandé des rencontres avec les élèves, qui ont exprimé des demandes parfois utopiques. Une maison dans les arbres ? Qu’à cela ne tienne, la bibliothèque est une plateforme à l’étage, organisée pour profiter du feuillage des arbres matures ! La toiture végétalisée découle aussi d’une demande des usagers.

 

 

École primaire de la Grande-Hermine, Québec, Consortium ABCP + Bisson architectes. Photo : Stéphane Groleau

Partager la rue

Mais puisque les contraintes budgétaires imposaient des choix, l’accent a surtout été mis sur « la rue », un hall d’accueil équipé d’un banc sur toute sa longueur, qui sert de lieu d’exposition, de rassemblement et de transition avant la classe. Les architectes ont obtenu que cet espace soit surdimensionné par rapport aux normes, qui visent à limiter les coûts d’exploitation. Ils y sont parvenus en retranchant des mètres carrés ailleurs. « Il a fallu démontrer la justesse de nos calculs. »

Clin d’œil qui change des habituels blocs de béton, le mur qui encadre ce lieu est en briques récupérées de l’ancienne école, témoignant d’un souci patrimonial et écologique. Un entrefilet dans l’appel d’offres stipulait que l’école devait être verte, sans que ce soit une volonté affirmée. Les architectes l’ont pris au mot, mais ont dû user de pédagogie pour que le client accepte de procéder à une déconstruction plutôt qu’à une démolition. Finalement, 98 % des matériaux de l’ancienne école ont été réacheminés ou transformés et réutilisés sur place.

L’école, qui peut accueillir 350 élèves dans 12 classes et 4 maternelles, a été livrée dans les délais, à l’exception du gymnase. Elle a coûté 5,3 M$, soit 4,4 % de plus qu’un projet conventionnel, investissement devant être récupéré en cinq ans grâce aux 35 % d’économie d’énergie par rapport aux normes du Code modèle national de l’énergie pour les bâtiments. Pour Jonathan Bisson, le budget était réaliste et le cadre a permis une certaine créativité. Il juge toutefois cela insuffisant pour obtenir à coup sûr de l’innovation, que « rien ne favorise si ce n’est la bonne volonté des concepteurs ». Manifestement, il y en avait.

La vidéo du Mardi vert du 17 mai 2011, sur le site de l’OAQ, permet d’en savoir plus sur les aspects écologiques du projet.

 

 

École primaire de la Grande-Hermine, Québec, Consortium ABCP + Bisson architectes. Photo : Stéphane Groleau